Un « Réformateur » à la forte odeur de naphtaline

"Le Réformateur" / Crédit photo : Dunnara Meas.

« Le Réformateur » / Crédit photo : Dunnara Meas.

Depuis sa première version en 1991, il semblerait qu’André Engel n’ait pas changé un traître trait de son Réformateur – ou, pire, s’il l’a fait, cela ne se voit pas. Sauf, qu’en 24 ans, les meubles ont pris une sacrée couche de poussière qui donne à la mise en scène du texte de Thomas Bernhard qu’il propose aujourd’hui au Théâtre de l’Oeuvre une terrible odeur de naphtaline, celle d’un théâtre qui n’est même pas celui de papa, mais plutôt de grand-papa.

Il faut dire que l’ancien professeur de philosophie n’est pas aidé par la pièce du dramaturge autrichien. Empli de l’aigreur et du fiel de la vieillesse, un intellectuel au crépuscule de sa vie (Serge Merlin) se prépare à recevoir le titre de docteur honoris causa pour son Traité sur la réforme du monde qui, plutôt que de réformer la société, cherche à l’anéantir. Un homme qui est, ou est devenu, un vieil acariâtre cruel haïssant tout ce qui respire, excepté lui-même. Surtout, il incarne le tyran domestique par excellence qui se plait à harceler, voire à torturer psychologiquement, sa femme potiche (Ruth Orthmann) pour sortir de son terrible ennui.

Les frêles épaules de Serge Merlin

Si le mépris habituel de Bernhard pour ses contemporains, et notamment pour les intellectuels de sa génération, peut donner lieu à de vraies réflexions comme dans Des arbres à abattre, il n’en est rien avec ce Réformateur qui se cantonne à nous faire subir les apitoiements d’un vieux (un peu) fou sur son propre sort, en même temps qu’il crache son venin à la face du reste du monde. Le tout est donné dans un ensemble vieilli et vieillot où aucun élément scénographique ne vient racheter l’autre : musique d’ascenseur, lumières blafardes, décor inconsistant, costumes hideux… L’ensemble est d’une laideur comparable à celle du cœur du réformateur.

Dans ce fatras, ne reste que Serge Merlin qui se débat comme un vieux lion pas si fatigué que cela. Si sa voix parfois un peu trop chevrotante n’aide pas à la compréhension du texte, le comédien octogénaire nous prouve qu’il est encore capable de belles nuances et d’envolées scéniques intéressantes. Hélas, ses frêles épaules sont loin d’être assez larges pour supporter le poids de ce trop lourd spectacle qui n’aurait jamais dû ressortir des archives de la BNF où il avait été enterré.

Le Réformateur de Thomas Bernhard, mis en scène par André Engel au Théâtre de l’Oeuvre jusqu’au 11 octobre. Durée : 1h30. *

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