« Démons » par Di Fonzo Bo : du chic au lieu du choc

"Démons" / Crédit photo : Tristan Jeanne Valès.

« Démons » / Crédit photo : Tristan Jeanne Valès.

On se souvient encore être sorti, il y a presque 5 ans, du Dämonen de Thomas Ostermeier avec un sentiment de malaise certain, comme heurté par la pièce de Norén, par sa perverse noirceur et, surtout, par cette mise à mort de l’amour, sans issue possible. De ce choc, Marcial Di Fonzo Bo n’a rien gardé – si ce n’est le plateau tournant – en proposant sa propre adaptation de Démons au Théâtre du Rond-Point. Pariant sur un casting chic (Anaïs Demoustier, Marina Foïs, Romain Duris et Gaspard Ulliel), le metteur en scène a remisé toute intensité au placard et se contente de monter ce texte en bon élève, sans parti pris ni prise de risques, jusqu’à l’affadissement le plus total.

Pourtant, la pièce du dramaturge suédois a tous les ressorts du drame bourgeois contemporain. Katarina (Marina Foïs) et Frank (Romain Duris) forment un couple… toxique. Alors que la première s’ennuie dans son grand et bel appartement, délaissée par son mari, le second vient de perdre sa mère, dont il pose les cendres au beau milieu du salon en vue de l’inhumation qui aura lieu le lendemain. Rapidement, on ressent la passion mortifère qui irrigue leur relation : s’ils envisagent de se quitter, ils ne parviennent jamais à le faire, à mettre un point final à une histoire de domination réciproque qui les ennuie et les épuise, autant qu’elle nourrit leurs pulsions. Pour remplacer la visite avortée de son frère qui préfère regarder un match de foot dans sa chambre d’hôtel, Frank décide de convier leurs voisins, Jenna (Anaïs Demoustier) et Tomas (Gaspard Ulliel), à prendre un verre. Une invitation qui n’est en rien désintéressée : Frank lorgne sur sa voisine, jeune mère de famille, tandis que Katarina n’est pas indifférente aux charmes de son voisin, à l’air gentiment crédule.

Un truc en toc

Toutefois, dans cet appartement empli de paradoxes relationnels, la complexité psychologique de cette entrevue ne ressort pas, ou peu, et l’extrême noirceur que chacun des personnages contient en lui affleure à peine. Si le casting est alléchant, Di Fonzo Bo n’en fait rien. Gaspard Ulliel se comporte comme un enfant apeuré sur le plateau, Romain Duris fait davantage rire qu’il n’effraie, Anaïs Demoustier n’est pas dérangeante mais quasiment transparente. Reste Marina Foïs qui se démarque et est plutôt juste dans son rôle de Katarina, pourtant peu aisé à appréhender. Mais, dans une pièce centrée sur les relations de couples, il est plus que dommageable que la connexion entre les comédiens ne se fasse jamais vraiment… Rapidement, on a tout le mal du monde à y croire. La faute, sans doute, à une direction d’acteurs qu’on imagine au pire inexistante, au mieux totalement biaisée.

Alors, malgré le fond musical aussi omniprésent qu’inquiétant, tout sonne relativement faux. Tout se passe comme si Di Fonzo Bo s’était fait littéralement croquer par le texte, dominé par des subtilités qu’il n’aurait pas totalement réussi à dompter. Si l’on n’avait pas vu, par le passé, ce qu’elle était capable de faire émerger sur une scène de théâtre, on en viendrait même à douter de la qualité intrinsèque de la pièce de Norén. Sous la patte de Di Fonzo Bo, ce qui devait être un drame n’en est plus un. Plutôt que de le valoriser, le metteur a réussi à lisser un texte qui ne manque pourtant ni de relief, ni d’aspérités. Parti pour affronter les effrayants loopings d’un grand-huit émotionnel, on revient en ayant fait un gentil tour de petit train. Le compte n’y est donc pas.

Démons de Lars Norén, mis en scène par Marcial Di Fonzo Bo au Théâtre du Rond-Point (Paris) jusqu’au 11 octobre. Durée : 1h40. *

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