Le « Gala » de Jérôme Bel fait danser la société française

« Gala » / Crédit photo : Véronique Ellena.

Un danseur sommeillerait-il en chacun de nous ? C’est, en tout cas, la thèse de Jérôme Bel qui, dans Gala au Théâtre Nanterre-Amandiers, mélange amateurs et professionnels pour construire un ensemble qui a tous les codes du spectacle de fin d’année, celui que l’on impose aux élèves à l’approche des vacances d’été. Sauf que, dans ce cas, le chorégraphe ne se limite pas aux seuls enfants mais mêle des individus de tout âge, de toute couleur de peau, valides et non valide… En fait, c’est toute la société française qui danse ici, à l’unisson.

Pour poursuivre son travail d’archivage des pratiques chorégraphiques, Jérôme Bel découpe son spectacle en plusieurs séquences consacrées chacune à un fragment de la danse, du ballet à la pop en passant par la danse de salon. À chaque fois, chaque danseur y va de son pas, plus ou moins adroit, plus ou moins contrôlé. Si, au départ, on y prête attention en cherchant les pros cachés parmi les amateurs, rapidement, tout cela se dissipe. On se prend alors d’affection pour ces danseurs qui ne forment plus qu’une seule et belle troupe. Chacun devient le « spécialiste », l’unique dépositaire, d’une façon bien particulière de danser. Une marque de fabrique que ceux qui le suivent ont parfois toutes les difficultés du monde à s’approprier.

Simplement et brillamment humain

Courageux, les danseurs amateurs ont joué le jeu, jusqu’à enfiler des costumes moulants et pailletés. Mais, jamais, personne ne perd de sa grâce. Au contraire, le public troque progressivement les rires parfois moqueurs du début pour des sourires attendris. Jérôme Bel a bien compris qu’en cette période où chacun tend à se recroqueviller sur lui-même, il était primordial de faire exploser toutes les barrières entre les professionnels et les amateurs, entre le public et les danseurs, de recréer du vivre ensemble, sur scène et dans la salle. Gala est un vrai moment de partage comme on n’en fait plus. Sur le plateau, d’ailleurs, quand un danseur est en difficulté, un autre vient l’aider, comme si la danse avait permis de recréer cette solidarité en voie de disparition.

Le chorégraphe, qui a laissé le soin à ses danseurs de choisir une partie de leurs numéros, porte un regard bienvaillant sur eux. Jamais condescendant, il respecte leurs pas et prouve que chacun peut danser, même s’il ne le fait pas dans les règles de l’art. « Lorsque ça fait flancher le système, c’est que l’on touche à quelque chose d’intéressant », dit Jérôme Bel. Si l’académisme chorégraphique est bousculé, le lien social, lui, en sort renforcé. Le chorégraphe prouve que la danse et, dans le cas présent, le sentiment jubilatoire qu’elle dégage, peuvent contribuer à le réparer. Un spectacle fort, drôle et humain, simplement et brillamment humain.

Gala, conçu par Jérôme Bel, au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du Festival d’automne à Paris, jusqu’au 20 septembre, puis à La Commune (Aubervilliers) du 1er au 3 octobre, à L’Apostrophe (Pontoise) le 13 octobre, au Théâtre de la Ville (Paris) du 30 novembre au 2 décembre et au Théâtre Louis Aragon (Tremblay-en-France) le 5 décembre. Durée : 1h30. *****

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