« Père » : Desplechin orchestre une cruelle guerre des sexes

"Père" / Crédit photo : Vincent Pontet.

« Père » / Crédit photo : Vincent Pontet.

On le sait : face à la volonté et à l’amour d’une mère, peu de choses peuvent résister. Parfois, et c’est le cas dans Père d’August Strindberg, la figure du tutélaire du père, telle la statue du commandeur, peut elle-même en faire les frais, pour peu qu’elle se trouve en travers du chemin que la mère a tracé pour son enfant. Ce sont les assauts répétés de cette femme, prête à tout pour garder sa fille auprès d’elle, qu’Arnaud Desplechin a choisi de décortiquer pour ses premiers pas (réussis) au théâtre, sur le plateau de la salle Richelieu de la Comédie-Française.

Pour sa première mise en scène, donc, le cinéaste n’a pas opté pour la pièce la plus connue du dramaturge suédois. Et pourtant, l’histoire de ce couple en pleine implosion ne manque pas d’intérêt. D’un côté, se situe le père (Michel Vuillermoz), capitaine de son état, qui veut envoyer son enfant, Bertha (Claire de La Rüe du Can), en pension à la ville afin qu’elle devienne institutrice. De l’autre, Laura (Anne Kessler), sa mère, souhaite la garder à la maison et lui prédit déjà une belle carrière d’artiste peintre. A partir de cette divergence sur l’avenir de leur progéniture, s’engage une guerre familiale, entre un père et une mère, entre un mari et sa femme, entre un homme et une femme. Tant et si bien que ce conflit intestin va se muer progressivement en une cruelle guerre des sexes qui va tout emporter sur son passage.

Un clair-obscur anxiogène

Portée par un beau décor de Rudy Sabounghi, aussi astucieux qu’anxiogène, la scénographie orchestrée par Arnaud Desplechin regorge de bonnes idées que le réalisateur a piochées tout droit dans le monde du cinéma pour fomenter une mise en scène très sombre. Les lumières de Dominique Bruguière, toutes en clair-obscur, sont habilement utilisées pour créer une ambiance scénique pesante et inquiétante, qui donne encore davantage de portée à la tension dramatique contenue dans le texte. Quant au léger fond sonore, quasiment omniprésent, et à l’utilisation fine des bruitages et de la musique en général, ils concourent encore un peu plus à la mise sous pression du spectateur.

Dans cet ensemble scénique intéressant, Michel Vuillermoz campe un père à la lisière, toujours juste alors que ce rôle est, à mesure que la pièce s’écoule, de plus en plus complexe à interpréter. En revanche, dans son rôle de mère, Anne Kessler est, pour cette première, moins convaincante et en surjeu… Tout comme les autres comédiens qui, à l’exception de Thierry Hancisse, cherchent encore leurs marques. Mais on imagine qu’ils gagneront en puissance, et en justesse, au fur et à mesure des représentations. À tout le moins, on l’espère, car le travail de Desplechin mérite d’être soutenu par une belle troupe de comédiens.

Père d’August Strindberg, mis en scène par Arnaud Desplechin, à la Comédie-Française (Paris) jusqu’au 4 janvier 2016. Durée : 1h55. ***

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s