« Andreas » : Jonathan Châtel s’égare sur le Chemin de Damas

"Andreas" / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Andreas » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Andreas fait partie de ces spectacles sur le fil, qui peuvent basculer à tout moment dans une troublante beauté, comme dans une mièvrerie navrante. Présentée au Théâtre de la Commune dans le cadre du Festival d’automne à Paris après avoir fait ses premiers pas au Festival d’Avignon, la réécriture de la première partie du Chemin de Damas d’August Strindberg proposée par Jonathan Châtel laisse un peu pantois. Si l’on sent aisément, lors de quelques jolis moments, que le metteur en scène franco-norvégien en a sous le pied, l’ensemble patine trop pour convaincre réellement.

Il faut dire que le matériel textuel fourni par August Strindberg est loin d’être évident à appréhender. Tout commence par cette rencontre entre un Inconnu (Thierry Raynaud), que Jonathan Châtel prénomme Andreas, et une Dame (Nathalie Richard) que ce dernier décide d’appeler Eve, « pour se l’approprier » dit-il, mais qui, dans les faits, est plutôt désignée sous le nom d’Ingeborg par son médecin de mari (Pierre Baux) et sa fille (Pauline Acquart). La Dame, volage, est fascinée par cet Inconnu, et notamment par ses écrits. Face à elle, Andreas est en pleine crise existentielle et spirituelle : incapable d’écrire une seule ligne, il sombre dans une noirceur qui le fait douter de son utilité dans le monde, de ses croyances, de ses fondements… Une rencontre qui donne naissance à un chaos rédempteur paradoxal où chacun se détruit autant qu’il se reconstruit, « en quittant Jérusalem pour le Chemin de Damas ».

Du mauvais côté de la barrière

Si la scénographie de Gaspard Pinta et les lumières – magnifiques, comme toujours – de Marie-Christine Soma nous plongent rapidement dans les contreforts de cette bataille intérieure qui dépasse Andreas et engendre quelques victimes collatérales, la direction d’acteurs parait en complet décalage avec la belle fragilité du reste de la pièce. Alors que le texte exigerait de la retenue tant le combat que mène Andreas est intime, tant les sentiments qui circulent entre les différents personnages sont diffus, tant les propos des uns et des autres interrogent et bousculent certaines certitudes, le jeu des comédiens, et notamment celui de Thierry Raynaud, se fait au forceps et verse dans une approche psychologisante légèrement caricaturale. Dès lors, à l’exception de Pierre Baux qui, en mendiant comme en médecin, se sert du texte comme d’une arme, les autres virent dans un pathos qui agace plus qu’il ne séduit.

Loin d’être cet écrivain en quête d’un nouveau souffle spirituel, Andreas apparait alors bien davantage comme un raté qui ne sait que geindre sur sa propre existence sans jamais se prendre en main, et Ingeborg comme une groupie qui cherche un peu de frisson dans sa vie. Tout se passe comme si Jonathan Châtel avait sous-estimé la profondeur de ses personnages et n’avait pas pris la mesure des mots de Strindberg, qu’il a pourtant lui-même traduits et adaptés. C’est d’autant plus étonnant, et regrettable, que tous les ingrédients semblaient réunis pour assister à un grand spectacle. Malheureusement, cet Andreas, sur le fil, est plutôt tombé du mauvais côté de la barrière.

Andreas d’après la première partie du Chemin de Damas d’August Strindberg, mis en scène par Jonathan Châtel au Théâtre de la Commune (Aubervilliers), dans le cadre du Festival d’automne à Paris, jusqu’au 15 octobre. Durée : 1h45. **

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