« Dinamo » : Claudio Tolcachir en quête de sens

"Dinamo" / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Dinamo » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Trois femmes, comme autant de solitudes. Toutes portent les stigmates de leur passé, tel un paradis perdu, et sont engluées dans un présent dont elles ne savent que faire. C’est dans un mobil-home isolé que Claudio Tolcachir, Melissa Hermida et Lautaro Perotti organisent leur rencontre, ou plutôt leur cohabitation. Si la proposition du metteur en scène argentin est empreinte d’une belle sensibilité, ce Dinamo, repris à la Maison des Arts de Créteil, pêche par manque d’énergie et de sens. A trop compter sur l’implication du spectateur, Tolcachir signe un spectacle qui tourne à vide.

Recluse en ermite, Ada (Marta Lubos) hante le mobil-home délabré dont elle est propriétaire. Cette ex-star du rock cherche à retrouver sa gloire d’antan, mais aussi son amour perdu, Muriel, dont elle ne cesse d’espérer le retour. Finalement, à son grand dam, c’est sa nièce, Marisa (Daniela Pal), qui débarque chez elle. Tout juste sortie d’un hôpital psychiatrique, elle veut relancer sa carrière tennistique et restaurer, elle aussi, la brillance d’une étoile qui a perdu de sa superbe. Enfermée dans son passé, Ada lui préfère les vidéos de ses anciens concerts qu’elle regarde en boucle sur son ordinateur. Mais une autre femme, cachée dans les placards, squatte également cet environnement. Il s’agit d’Harima (Paula Ransenberg), une immigrée dont l’origine et la langue ne sont pas identifiées. Elle aussi est prisonnière d’instants désormais révolus, ceux qui lui permettaient d’être au contact de son bébé, resté au pays et dont il ne lui reste plus que quelques vêtements à laver et un ou deux jouets à conserver, dans l’espoir d’une rencontre à venir.

Aseptisé

Si la situation de ces trois femmes, leur identité et leur passé invitent à une certaine compassion, leur rencontre sonne rapidement le creux. Entre elles, si un fil se noue progressivement, il est si distendu qu’il en devient invisible. Plutôt que de se rencontrer, elles ne font que se croiser du regard en interagissant très peu, réduisant le texte à la portion congrue. Dès lors, difficile de trouver le sens d’une telle histoire : à quoi bon faire cohabiter ces trois solitudes si, au lieu de se percuter, elles ne font que s’éviter, sans jamais partagées leurs univers respectifs et apprendre à guérir grâce aux ponts qu’elles pourraient bâtir entre elles pour se détacher d’un passé qui les rend complètement hermétiques au présent ?

Jouant sur leurs difficultés de communication, Claudio Tolcachir opte pour la stagnation. Tant et si bien, qu’au terme du spectacle, Ada, Marisa et Harima n’ont pas évolué d’un iota, se contentant de gérer différentes péripéties qui paraissent bien insignifiantes au regard du mal qui les ronge. Dans un décor astucieux, en forme de maison de poupées, ambiancé par les quelques notes du bassiste Joaquin Segade, le metteur en scène argentin aseptise au lieu de dynamiser. Comme si son moteur créatif avait, cette fois-ci, manqué d’énergie pour soutenir une histoire à fort potentiel dont il ne fait rien ou si peu de choses. A trop vouloir coller au mal-être de ses personnages, à leur quête de sens, Claudio Tolcachir n’a pas su trouver le sien.

Dinamo de et par Claudio Tolcachir, Melissa Hermida et Lautaro Perotti à la Maison des Arts de Créteil jusqu’au 7 novembre. Durée : 1h10. *

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