Marie-José Malis atomise « La Volupté de l’Honneur »

"La Vlupté de l'Honneur" / Crédit photo : Willy Vainqueur.

« La Volupté de l’Honneur » / Crédit photo : Willy Vainqueur.

Ne s’improvise pas metteur en scène qui veut. S’il n’y avait qu’une leçon à tirer de La Volupté de l’Honneur que Marie-José Malis commet au Théâtre de la Commune, après en avoir livré une première version, il y a trois ans, au Théâtre de Genève, ce serait celle-là. Après son Hypérion, qui s’était fait sévèrement éreinter par la critique lors du Festival d’Avignon 2014, la directrice du CDN d’Aubervilliers, aux talents de programmatrice indéniables, récidive. Cette fois, elle entraîne Luigi Pirandello dans sa chute et son marasme théâtral est un florilège de tous les pièges dans lesquels il ne faut pas tomber.

Pourtant, le substrat fourni par le dramaturge italien est loin d’être indigent. Agata Renni (Sylvia Etcheto) et Fabio (Victor Ponomarev) entretiennent une histoire d’amour adultère. Si la demoiselle, enceinte, est libre, le marquis, lui, est un homme marié. Alors que Fabio pourrait sauver sa réputation, il n’en va pas de même de la jeune femme dont l’honneur serait durablement entaché si une telle histoire venait à éclater au grand jour. Pour se prémunir du scandale, sur les conseils de son cousin (Olivier Horeau), le marquis décide de faire appel à un inconnu, Angelo Baldovino (Juan Antonio Crespillo), qui endosserait à sa place les rôles de mari et de père. Mais l’homme est formel : pour lui, il n’est pas question de jouer la comédie. Sauver les apparences doit se faire au prix d’une honnêteté totale qu’il sacralise pour mieux prendre le pouvoir sur l’ensemble de la famille.

Le public et les comédiens comme autant de cobayes

Malheureusement, Marie-José Malis atomise le texte de Pirandello. Par la lenteur qu’elle impose, d’abord. Le propos perd de sa force et devient inaudible. On ne compte plus les silences inutiles au beau milieu d’une tirade, les blancs entre les répliques et la diction hachée au couteau. En accélérant un peu la cadence, gageons que la metteuse en scène pourrait expédier le tout en moins de 2 heures, au lieu des 3h30 sans entracte qu’elle fait endurer à ses spectateurs. Et que dire de cette direction d’acteurs. Si Juan Antonio Crespillo, qui campe le rôle principal, dispose d’une certaine présence scénique, l’ensemble dégouline tellement de pathos et de jeu psychologisant que les comédiens s’y noient. Leur attitude inutilement démonstrative est ridicule et donne au spectacle une dimension pour le moins vieillotte. Entre distanciation vaguement humoristique et drame appuyé, Marie-José Malis ne sait définitivement pas sur quel pied danser.

Pour clore le tout, la metteuse en scène s’essaye à tout un tas de trucs et astuces qui font flop. La musique est redondante et résonne comme un vieux disque rayé dont le niveau sonore n’est pas adapté, les lumières, y compris dans la salle, ne sont pas maîtrisées, le semblant de décor est laid et les effets de manche de mise en scène (lustre – symbolisant la vérité, s’il vous plaît – descendant au-dessus du public, rideau de théâtre inutile que l’on met cinq bonnes minutes à monter entre deux actes, mur ne s’effondrant qu’à moitié et sans raison…) font plus pitié qu’envie et ne font que souligner le manque de moyens financiers du Théâtre d’Aubervilliers et de créativité de sa directrice. En signant un tel brouillon théâtral, Malis prend ses comédiens et son public comme cobayes. Si vous n’avez pas l’âme de créatures de laboratoire, il serait sage de passer votre tour, ou de conseiller ce spectacle à votre pire ennemi.

La Volupté de l’Honneur de Luigi Pirandello, mis en scène par Marie-José Malis, au Théâtre de la Commune (Aubervilliers) jusqu’au 20 novembre. Durée : 3h30. °

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2 réflexions sur “Marie-José Malis atomise « La Volupté de l’Honneur »

  1. Nous avons eu l’occasion et de ce fait la malchance de participer à ce spectacle avec mon amie. Mise en scène affligeante, pas de rythme, un jeu d’acteur parfois plus que moyen et qui pose parfois question sur la capacité des comédiens à réellement incarner leur personnage. Ce genre de pièce participe aussi à l’éloignement du publique pour le théâtre subventionné.

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