« Ça ira (1) Fin de Louis » : Joël Pommerat entame sa Révolution

"Ça ira (1) Fin de Louis" / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

« Ça ira (1) Fin de Louis » / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

Redonner à la Révolution française de 1789 sa dimension humaine. Faire rejaillir le poids des hommes derrière le mythe. Montrer ce Louis XVI désemparé et louvoyant entre les différents courants, cette Assemblée constituante naviguant à vue et ce peuple qui aspire à toujours plus de liberté, d’égalité et qui cherche, surtout, à satisfaire sa faim. Dans Ça ira (1) Fin de Louis qu’il présente au Théâtre Nanterre-Amandiers, Joël Pommerat parvient à orchestrer tout cela avec une théâtralité qu’il maîtrise sur le bout des doigts.

Pour ce que l’on devine être la première partie d’une grande fresque historique, le dramaturge et metteur en scène s’attache aux débuts de la Révolution, à ces quelques mois qui ont fait basculer le destin de la France, de la convocation des États Généraux d’août 1788 à la nationalisation des biens du clergé de novembre 1789. Comme dans tous les processus révolutionnaires, la démocratie n’en est alors qu’à ses balbutiements. Les députés élus par les différentes assemblées électorales tentent de mener à bien la rédaction d’une nouvelle Constitution alors que la France, et notamment Paris, sombre peu à peu dans une situation incontrôlable… Enfermé à Versailles, étouffé par ses conseillers, Louis XVI ne prend pas conscience de l’ampleur des bouleversements qui se préparent et ses faiblesses, comme son indécision, dessinent les prémices de sa future perte.

Un pont entre 1789 et 2015

Plutôt que d’asséner une pure leçon d’Histoire, Joël Pommerat prend les spectateurs à témoins. Tour à tour députés et peuple de Paris, ils font partie intégrante d’un dispositif scénique organisé autant sur scène que dans la salle. Ne leur reste plus qu’à observer l’évolution des députés de l’Assemblée, progressivement rongés par les errements de la politique. En cela, Pommerat réussit, non sans finesse mais avec des raccourcis et des anachronismes parfois un peu artificiels, à faire un pont, toutes proportions gardées, avec la situation française actuelle, avec ces politiciens auxquels le peuple ne croit plus. Pour mettre en chair cette pièce historique et politique, on retrouve avec grand plaisir les comédiens qui le suivent depuis des années, ceux de la compagnie Louis Brouillard (Saadia Bentaïeb, Agnès Berthon, Ruth Olaizola, David Sighicelli…), qui excellent toujours dans l’incarnation de personnages polymorphes.

Si ce spectacle est une vraie réussite, un morceau de théâtre à l’état brut, quelque chose manque pourtant pour crier au chef d’œuvre. En faisant sa Révolution, Pommerat semble oublier la base de son travail : la sensibilité et l’émotion. C’est parce qu’il parvient à toucher en sondant les contreforts de l’âme humaine que le metteur en scène a su, au fil des années, trouver son public. Même s’il y insère quelques rares séquences intimistes, Ça ira (1) Fin de Louis, parfois un peu criard et bavard, manque de ce petit supplément d’âme qui enivre habituellement et qu’on ne retrouve réellement qu’à la toute fin de cette première partie. Espérons que, pour la seconde, il se reconnecte davantage à cette psyché qu’il s’est tant plu à explorer par le passé.

Ça ira (1) Fin de Louis de et par Joël Pommerat au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 29 novembre, puis les 3 et 4 décembre à L’Apostrophe (Cergy-Pontoise), les 10 et 11 décembre au Volcan (Le Havre), du 8 au 18 janvier 2016 au TNP (Villeurbanne), les 3 et 4 février à l’Espace Malraux (Chambéry), du 9 au 11 février à Bonlieu (Scène nationale d’Annecy), les 18 et 19 février à la Ferme du Buisson (Marne-la-Vallée), du 28 au 30 avril à la Filature (Mulhouse), du 10 au 14 mai au Théâtre du Nord (Lille) et du 18 au 27 mai à la MC2 Grenoble. Durée : 4h20 (entractes compris). ****

 

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