Avec « The Last Supper », Ahmed El Attar se paie la bourgeoisie égyptienne

"The Last Supper" / Crédit photo : Mostafa Abdel Atty.

« The Last Supper » / Crédit photo : Mostafa Abdel Atty.

En Égypte, malgré la Révolution, rien n’a changé. Pour les élites, à tout le moins. Après le soulèvement populaire qui a conduit au départ d’Hosni Moubarak, puis à l’éphémère prise de pouvoir des Frères musulmans, c’est à nouveau un militaire, le général al-Sissi, qui tient fermement les rênes du pays. Alors qu’un nouvel ordre social aurait pu naître de la révolte de la place Tahrir, l’Histoire semble bégayer. Avec The Last Supper qu’il propose au Théâtre de Gennevilliers dans le cadre du Festival d’automne, Ahmed El Attar désigne les responsables de cette stagnation : les grands bourgeois du Caire qui, s’ils se sont entièrement convertis à la société de consommation, ont, en revanche, laissé toute velléité intellectuelle au placard.

Pour dénoncer la trahison opérée par ces élites envers toute la société égyptienne, le dramaturge et metteur en scène choisit d’en dresser un portrait au vitriol en rejouant la Cène. A table, alignés en rang d’oignon, se trouvent les membres d’une famille aisée en plein dîner. Chacun incarne une caricature de ce que la société moderne peut produire de pire. Il y a l’héritier, préoccupé par son corps, qui n’a pas le début d’une idée viable pour piloter son entreprise et sa femme, une jeune écervelée ; le prétendu artiste, plus bête que créatif, accompagnée par son épouse, scotchée à son iPad, qui développe une réelle passion pour les applications mobiles ; l’Oncle qui ne voit le monde que par le prisme de l’argent ; et le Général, enferré dans l’Egypte d’antan, qui se plait à dénigrer la Révolution et n’a qu’une obsession : mater la rébellion. Tout ce petit monde disserte sur leur vie telle qu’elle est et tel qu’elle va. Mais leur vacuité est totale. Ils n’ont cure de la destinée de leur pays, lui préférant Instagram, les soldes londoniens et les selfies.

A l’intérieur, un vide intersidéral

A l’aide d’une belle scénographie, intelligemment utilisée, Ahmed El Attar mise sur l’efficacité pour se payer cette bourgeoisie suffisante. Efficacité dans le texte, court et ramassé, efficacité dans l’utilisation du décor, des lumières et de la musique, efficacité aussi dans la mise en scène, dont le dispositif est simple et la direction d’acteurs juste. Seul bémol : à trop vouloir être efficace, Ahmed El Attar verse parfois dans la caricature. Les traits des personnages sont un peu trop grossis et grossiers pour être crédibles et un soupçon de finesse aurait été bienvenu dans un propos qui devient didactique et appuyé.

Malgré cela, The Last Supper atteint son but, celui de rejeter l’échec de la Révolution sur des bourgeois qui, s’ils ont les moyens financiers pour faire évoluer les choses, sont dépourvus de toute considération intellectuelle. Alors que l’ambiance, à table, parait très libérée, ils se plaisent à entretenir des inégalités criantes avec leurs employés, qu’ils soient majordomes ou nourrice. Préoccupés par leurs soucis bien futiles, ils ont tout intérêt à ce que la société égyptienne ne change pas. Histoire de garantir leur propre confort.

The Last Supper de et par Ahmed El Attar, au Théâtre de Gennevilliers jusqu’au 15 novembre, puis le 17 novembre à l’Apostrophe (Cergy-Pontoise) dans le cadre du Festival d’automne à Paris. Durée : 50 minutes. ***

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