« Primera Carta de San Pablo a los Corintios » : Angélica Liddell en pleine crise d’inspiration

"Primera carta de San Pablo a los Corintios" / Crédit photo : Samuel Rubio.

« Primera carta de San Pablo a los Corintios » / Crédit photo : Samuel Rubio.

Déjà, la saison passée, Angélica Liddell était passée très loin du chef d’œuvre avec You are my destiny. Mais ce n’était rien, ou pas grand chose, à côté du deuxième opus de son Cycle des résurrections, Primera carta de San Pablo a los Corintios, qu’elle présente au Théâtre de l’Odéon dans le cadre du Festival d’automne à Paris. D’une vacuité criante dans sa quête de Dieu et de l’amour, frôlant parfois le ridicule, l’Espagnole apparaît en pleine crise d’inspiration théâtrale et n’a plus le début d’une idée sérieuse de mise en scène.

La pièce s’organise autour de trois fragments textuels : la lettre de Marta à Tomas extraite du film Les Communiants d’Ingmar Bergman, la Lettre de la Reine du Calvaire au Grand amant que Liddell a elle-même rédigée, et le chapitre 13 du Premier épître de Saint-Paul aux Corinthiens. Entre eux, la dramaturge assure tisser un lien : Marta entre d’abord en contact avec Dieu par l’intermédiaire de Tomas, être aimé et prêtre qui a perdu la foi ; avec son propre texte, Liddell entend ensuite transformer cette « mission » en « une folie de Dieu jusqu’à diviniser l’être aimé et atteindre le paroxysme de l’extase » ; une exaltation de l’amour qui prendrait le pas sur la sagesse dans la dernière partie du spectacle.

Condamnée à évoluer

En vérité, dans ce gloubi-boulga capillotracté, Angélica Liddell ne sait pas très bien comment manœuvrer. Après avoir tourné et retourné la problématique du viol dans tous les sens, elle souhaite nous faire subir sa quête mystique. Mais, à ce jeu-là, elle parait bien moins sincère. L’ardente urgence de ses précédentes créations, comme exorcisme de ses propres maux, a fait long feu. La metteuse en scène espagnole apparaît comme asséchée, à l’inspiration consumée, abandonnée au beau milieu d’un spectacle avec des fragments de textes dont elle ne sait que faire.

Alors, pendant les vingt premières minutes, elle choisit de faire silence et se plait à errer sur le plateau recouvert de tissu rouge, accompagnée par un homme nu et doré, figure de l’homme idéal autant que de Jésus-Christ. Comme le silence ne fait pas théâtre, après la lecture en voix off de la lettre issue du long-métrage de Bergman pendant laquelle elle se contente de fumer une cigarette, elle entame un monologue de près de trente minutes. Elle y récite, face public, son propre texte avec des excès dans le jeu qui invitent à la moquerie, notamment lors de la scène de l’extase, à mi-chemin entre L’Exorciste et l’asile psychiatrique.

Mais, consciente que son public est venu pour autre chose qu’une double lecture plus ou moins ratée, elle retombe dans ses travers sadiques inutiles et éculés. Cette fois, donc, du sang de l’homme doré est transfusé dans une poche pour venir souiller un mouchoir immaculé, une pauvre figurante se fait grossièrement couper les cheveux (comme un air de déjà-vu), et cinq femmes nues aux crânes rasés apparaissent pour se frotter contre des planches de bois. Et, évidemment, dans son rôle de dominatrice préféré, la comédienne mène tout ce petit monde à la baguette, pour son plus grand plaisir. Reste le renard pendu qui fait office de clou du spectacle, ou plutôt de cet agaçant et ennuyant fatras qui fait dire, qu’à l’avenir, si elle veut perdurer, Angélica Liddell devra se renouveler, ou sombrer.

Primera carta de San Pablo a los Corintios de et par Angélica Liddell, au Théâtre de l’Odéon (Paris) jusqu’au 15 novembre. Durée : 1h25. °

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