Thomas Ostermeier peu inspiré par un « Bella Figura » peu inspirant

"Bella Figura" / Crédit photo : Arno Declair.

« Bella Figura » / Crédit photo : Arno Declair.

A la lecture, déjà, la nouvelle pièce de Yasmina Reza, Bella Figura, ne paraissait pas révolutionner le théâtre contemporain. Revenait donc à Thomas Ostermeier, qui lui avait passé commande d’un texte pour sa troupe de la Schaubühne, la lourde charge de la transfigurer. Mais, sur la scène du Théâtre des Gémeaux, aucun miracle ne s’est produit. Les comédiens allemands, aussi doués soient-ils, n’ont pas réussi à combler les manquements et les faiblesses d’écriture de la dramaturge française, quand le talentueux directeur du théâtre berlinois est resté campé sur ses fondamentaux.

A bord d’une Peugeot, Andrea (Nina Hoss) et Boris (Mark Waschke) patientent sur le parking d’un restaurant où ils devaient, en théorie, se rendre pour dîner. En théorie seulement car, par maladresse, Boris a précisé à Andrea, sa maîtresse, que le dit restaurant lui avait été conseillé par sa femme, Patricia. A cause de ce détail, une dispute éclate entre les deux amants qui décident de faire marche arrière. Sur leur route, s’interpose Yvonne (Lore Stefanek) qu’ils renversent, sans gravité. Mais la vieille dame est la belle-mère de Françoise (Stéphanie Eidt), une amie de Patricia, venue avec son mari, Eric (Renato Schuch), pour fêter l’anniversaire de sa marâtre… S’engage alors une soirée décalée où les fêlures de chacun éclatent au grand jour.

De vieilles recettes, un peu éculées

Problème : le sombre vaudeville de Yasmina Reza manque cruellement de profondeur. Si quelques pistes intéressantes sont engagées (la banqueroute programmée d’un homme à l’ego surdimensionné, les amertumes au sein du couple, les ravages de la vieillesse…), tout n’est que survolé et la dramaturge s’enferre dans une histoire sans intérêt en sous-exploitant le potentiel dramatique des différents personnages qu’elle a créés. Les silences et le manque de rythme font écho aux belles phrases, disséminées ça et là comme autant de passages obligés, qui tombent complètement à plat. Pourtant, les comédiens de la Schaubühne, et notamment le trio féminin, font tout ce qu’ils peuvent pour donner autant de relief que possible à ces tirades sans saveur grâce à ce jeu si juste qu’ils maîtrisent si bien.

C’est d’ailleurs avec cette direction d’acteurs que Thomas Ostermeier tire son épingle du jeu. Car, pour le reste, devant ce substrat textuel peu inspirant, le metteur en scène allemand se révèle bien peu inspiré. Alors qu’il maîtrise habituellement à merveille la vidéo qu’il utilise toujours à bon escient, cette fois, les images d’animaux peu ragoutants (papillons de nuit, criquets, homards…) se révèlent tout juste cosmétiques. Quant au plateau tournant, une autre de ses marottes, il apparait là aussi particulièrement inutile. Comme si, cherchant à faire bonne figure, le metteur en scène allemand s’était réfugié dans de vieilles recettes, un peu éculées. Il aurait fallu davantage d’audace de sa part pour contrebalancer la fadeur du texte de Reza.

Bella Figura de Yasmina Reza, mis en scène par Thomas Ostermeier, au Théâtre des Gémeaux (Sceaux) jusqu’au 29 novembre. Durée : 1h45. *

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