tg Stan s’égare dans « La Cerisaie »

"La Cerisaie" / Crédit photo : Koen Broos

« La Cerisaie » / Crédit photo : Koen Broos

Mais qu’est-il arrivé au tg Stan ? Volontiers décapant et volubile par le passé, le collectif flamand semblait, déjà, avoir perdu de sa superbe lors de ses précédentes créations. A ce triste constat, La Cerisaie, qu’il présente au Théâtre de la Colline dans le cadre du Festival d’automne à Paris, n’échappe pas. Malgré la complexe beauté du texte d’Anton Tchekhov, la troupe belge accouche d’un spectacle qui manque de saveur où, semble-t-il, elle n’est pas parvenue à véritablement trouver sa voie.

Pourtant, la dernière pièce du dramaturge russe regorge de facettes sur lesquelles il est possible de s’appuyer pour proposer une lecture nouvelle. Car, à elle seule, La Cerisaie est un paradoxe. Dès le commencement, le sort est scellé : la maison de Lioubov Andréïevna Ranevskaïa (Jolente de Keersmaeker) sera vendue. Ne reste plus à l’héritière ruinée qu’à faire ses adieux à cette bâtisse ambivalente, à la fois paradis perdu de son enfance, dont les cerisiers en fleurs sont le symbole, et tombeau de son propre fils. Mais, derrière cette histoire intime, se joue une furieuse lutte des classes. Face à cette aristocratie déchue, rongée qu’elle est par son oisiveté, se tient le capitalisme conquérant, tout entier incarné par Ermolaï Alexéïevitch Lopakhine (Frank Vercruyssen), nouveau bourgeois un peu rustre, qui conseille à Lioubov Andréïevna d’abattre la cerisaie pour y construire des résidences secondaires. Devant le refus de cette dernière qui « ne se vendra pas à de vulgaires estivants », et par esprit de vengeance, c’est finalement lui, fils d’anciens moujiks, qui rachètera la maison pour mener ce projet à bien.

Quand le cœur n’y est plus

Problème : le jeu, vaguement distancié, déployé par la troupe est on ne peut plus laborieux. Tout se passe comme si le collectif se trouvait engoncé dans un texte dont il ne sait que faire. Dès lors, difficile de faire ressortir toute la profondeur et la complexité des personnages dont le caractère, comme Tchekhov en est coutumier, est loin d’être univoque. S’ensuit un ensemble mou qui manque de créativité, de conviction et d’énergie. Tout comme le décor qui pourrait fourmiller de bonnes idées mais reste largement sous-exploité.

Jonglant difficilement entre drame léger et gags un peu trop lourds, les quelques morceaux d’écriture de plateau tombent à plat et n’apportent aucun relief à la pièce. Ils ne font que morceler un peu plus le texte initial, vampirisant encore sa dramaturgie. Pourtant, l’arrivée au sein du collectif de cinq jeunes acteurs – aux talents inégaux – aurait pu apporter une fraîcheur nouvelle, comme en témoigne ce beau moment de fête lors du troisième acte. Mais, dans l’ensemble, il faut croire que le cœur n’y est plus.

La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mis en scène par tg Stan au Théâtre de la Colline, dans le cadre du Festival d’automne à Paris, jusqu’au 20 décembre. Durée : 2h20. *

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