Thomas Jolly trébuche au pied du trône de Richard III

"Richard III" / Crédit photo : Nicolas Joubard.

« Richard III » / Crédit photo : Nicolas Joubard.

A voir ce public qui, debout, à la toute fin de l’épopée Henry VI, scandait le nom de Richard III, il est peu de dire que le spectacle de Thomas Jolly était attendu. Par ses inconditionnels, bien sûr, qui brûlaient d’impatience de voir la suite, mais aussi par ceux qui, lors du premier opus, avaient émis certaines réserves face aux quelques défauts qui pointaient ça et là. Allait-il être gommés ? A voir cette création sous les ors du Théâtre de l’Odéon, il est désormais possible d’affirmer le contraire. Et, sans aventure théâtrale longue de 18 heures, ils rejaillissent cette fois en pleine lumière.

Pourtant, on ne pourra pas reprocher à Thomas Jolly d’avoir textuellement trahi Shakespeare car c’est in extenso qu’il présente la pièce du dramaturge anglais, et ce sans jamais mollir. Dès les premières tirades, le décor est planté : Richard (Thomas Jolly) veut le pouvoir, et qu’importe le prix qu’il faudra payer pour décrocher la couronne d’Angleterre. Pour l’heure, c’est son frère Édouard, malade, qui occupe le trône. Mais bientôt, le fourbe benjamin, en jouant de ruse et de manipulation, aura la peau de cette famille qu’il méprise autant qu’elle le hait.

Monocorde

En s’inscrivant dans la stricte continuité de ce qu’il avait fait pour Henry VI, Thomas Jolly trébuche. S’il propose un vrai parti-pris de mise en scène, il se borne à raconter cette pièce, sans jamais en inspecter les profondeurs. Omniprésent sur le plateau, le jeune metteur en scène campe un Richard III univoque, bien loin du relief dramaturgique que lui offre le texte de Shakespeare. Comment ne pas penser, par esprit de comparaison, à Lars Eidinger qui, dans la mise en scène de Thomas Ostermeier, parvenait à faire ressortir ses multiples facettes, de l’homme avide de pouvoir au tyran paranoïaque en passant par le mourant repenti ?

Mais cette monochromie frappe également son travail scénographique. La fraîcheur des premiers instants d’Henry VI a vécu et le décor modulable fait de bric et de broc n’a plus le charme d’antan. A défaut de la beauté, on frôle bien souvent le cheap, aggravé par des faisceaux lumineux qui n’en finissent pas de tournoyer et donnent parfois à l’Odéon des allures de boîte de nuit de seconde zone. Quant aux rares moments d’audace proposés par Thomas Jolly (couronnement de Richard transformé en concert pop, scène des fantômes digne d’un clip de Michael Jackson…), ils suscitent bien plus de gêne que de fascination, tant les citations sont surlignées.

Malgré tout, et c’est en cela assez rassurant pour son avenir, le metteur en scène parvient à convaincre dans les scènes plus intimistes où le talent de certains de ses comédiens, et le sien, parviennent à se faire jour grâce à une mise en scène réduite à la portion congrue. Mais la distribution et la direction d’acteurs sont bien trop inégales pour parvenir à camoufler des défauts trop encombrants qui font de ce Richard III un simple divertissement.

Richard III de William Shakespeare, mis en scène par Thomas Jolly, au Théâtre de l’Odéon (Paris) jusqu’au 13 février. Durée : 4h20 (entracte compris). **

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