La Fugue enchantée de Samuel Achache

"Fugue" / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Fugue » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Dans le genre « expédition en terres glaciaires », on se souvient – avec un mélange de scepticisme et de fascination – du ±0 que Christoph Marthaler avait proposé, il y a quatre ans, au Théâtre de la Ville. Cette fois, loin du Groenland qu’avait choisi le metteur en scène suisse, Samuel Achache pose ses valises dans un camp de base de l’Antarctique où une troupe de chercheurs explorent et forent la calotte à la recherche d’un mystérieux lac. Mais, bien davantage qu’à cette quête, Fugue, qu’il présente au Théâtre des Bouffes du Nord, s’intéresse aux rapports humains qui peuvent se nouer dans de telles circonstances.

En tout, ils sont six (Samuel Achache, Vladislav Galard, Anne-Lise Heimburger, Florent Hubert, Léo-Antonin Lutinier et Thibault Perriard), tous un peu givrés, au sens propre comme au sens figuré, à évoluer dans cette cabane exiguë qui leur sert de refuge. Entre deux expéditions en terrain hostile et quelques verres d’un alcool ravageur, il est question pour ces explorateurs de thèmes universels auxquels, malgré leur éloignement de la civilisation, ils n’échappent pas. Citons, par exemple, l’amour et la mort qui semblent être les deux plus prégnants et qui les conduisent, « quand les mots manquent ou qu’ils ne suffisent pas », dixit Samuel Achache, à dialoguer en musique, parfois lyrique.

Une bulle d’oxygène

A intervalles réguliers, cette bande de talentueux comédiens-musiciens entonnent donc un petit air, comme une respiration dans un quotidien qui manque cruellement de chaleur. Piano, violoncelle, hautbois et trompette répondent alors aux mots du collectif La Vie Brève. Mais, nonobstant quelques fulgurances poétiques et humoristiques, ces dialogues apparaissent bien souvent en creux par rapport aux jolis instants musicaux. Malgré les quelques rires francs de la salle, le but textuel de cette Fugue est trop flou pour éviter qu’un certain ennui ne vienne s’immiscer dans ce qui aurait pu n’être que beauté.

Toutefois, la belle énergie des comédiens, et notamment d’Anne-Lise Heimburger et de Léo-Antonin Lutinier, et la mise en scène fine et sensible de Samuel Achache ne laisse pas de marbre. Leur conjonction donne naissance à une petite bulle d’oxygène imaginaire, qui tranche avec une réalité bien lourde. On regrette simplement qu’au lieu de nous enivrer, elle nous ait tout juste enchantés.

Fugue par le collectif La Vie brève, mis en scène par Samuel Achache, au Théâtre des Bouffes du Nord (Paris) jusqu’au 24 janvier. Durée : 1h30. **

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s