Que viennent faire Schiaretti et Vinaver dans ce « Bettencourt Boulevard » ?

"Bettencourt Boulevard" / Crédit photo : Michel Cavalca.

« Bettencourt Boulevard » / Crédit photo : Michel Cavalca.

Comme un aveu, en guise de dernière réplique, Michel Vinaver s’interroge : « Mais que vient faire le théâtre là-dedans ? ». Et, effectivement, c’est bien la question qui se pose au sortir de son Bettencourt Boulevard ou une histoire de France dont Christian Schiaretti s’empare au Théâtre de la Colline. En surfant sur l’actualité sulfureuse d’une des familles les plus en vue de l’Hexagone, le dramaturge et le metteur en scène n’évitent pas l’écueil journalistique. Loin de proposer un travail indigent, l’un comme l’autre ne réussissent pas à dépasser, dans le jeu comme dans le texte, le simple mimétisme du réel. On se demande alors, outre le fresque familiale qu’elle dresse, ce qu’apporte réellement cette pièce à ce qu’il est désormais convenu d’appeler « l’affaire Bettencourt ».

De Nicolas Sarkozy (Gaston Richard) à Eric Woerth (Clément Morinière) en passant par Patrice de Maistre (Jérôme Deschamps), François-Marie Banier (Didier Flamand), Françoise Bettencourt Meyers (Christine Gagnieux), Claire Thibout (Elizabeth Maccocco) et bien sûr Liliane Bettencourt (Francine Bergé), tous les protagonistes qui ont fait les choux gras des journaux pendant de nombreux mois sont présents sur le plateau. Mais c’est aux origines de cette famille que Michel Vinaver choisit de revenir en convoquant, en préambule, le rabbin Robert Meyers (Bruno Abraham-Kremer) et le fondateur de l’Oréal Eugène Schuller (Michel Aumont). Murmurant de leurs voix d’outre-tombe aux oreilles des vivants, ils incarnent à eux deux – le premier gazé au Auschwitz et le second partisan du nazisme – le symbole de cette France qui paraissait irréconciliable et qui va pourtant s’unir à travers le mariage de leurs enfants, Liliane et André. C’est ensuite à partir d’une trentaine de saynètes, orchestrées par un journaliste-chroniqueur (Clément Carabédian), que Michel Vinaver opère pour conter le scandale familio-politico-financier que chacun connait et qu’il tente de transformer en boulevard.

Une histoire qui n’a que trop duré

Problème : même si le récit n’est pas tout à fait linéaire, l’apport du théâtre à cette histoire est somme toute assez maigre et on se demande rapidement à quoi rime cette pièce alors qu’existent déjà les articles de Mediapart. En restant trop proche de la réalité, Vinaver ne parvient pas à donner une consistance particulière à ces personnes et à les transformer en de véritables personnages dignes d’une œuvre littéraire. Leurs tourments intérieurs et leurs évolutions respectives ne sont pas suffisamment auscultés, et le strict réalisme prend le pas sur l’intérêt théâtral.

En cela, la mise en scène de Christian Schiaretti n’aide pas vraiment le dramaturge à transformer l’essai. Mimant, pour la plupart, les personnes qu’ils jouent, les comédiens ne parviennent pas, là encore, à s’extraire du réel, donnant la simple impression de voir incarner ce qui était écrit dans les journaux. Reste alors la scénographie astucieuse et élégante de Thibault Welchlin qui crée un univers à mi-chemin entre les toiles de Mondrian – dont l’une faisait partie de l’héritage en nue-propriété que Liliane Bettencourt avait prévu pour François-Marie Bannier – et certains logos des produits l’Oréal. S’ils réussissent quand même à arracher quelques timides sourires, on attendait peut-être de Schiaretti et Vinaver qu’ils transforment ce Bettencourt Boulevard en une farce théâtrale, qui aurait eu le mérite d’apporter un regard neuf sur une histoire qui n’a, en définitive, que trop duré.

Bettencourt Boulevard ou une histoire de France de Michel Vinaver, mis en scène par Christian Schiaretti, au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 14 février. Durée : 1h55. **

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