« Kings of War » : Ivo Van Hove plus royal que le Roi

"Kings of War" / Crédit photo : Jan Versweyveld.

« Kings of War » / Crédit photo : Jan Versweyveld.

D’aucuns diront qu’ils en ont soupé de Shakespeare. Trois versions – et plus si affinités – de Richard III en moins de six mois, deux Henry VI en moins d’un an, sans compter les Conte d’hiver, sonnets et autres joyeusetés préparées tout spécialement pour le 400e anniversaire de la mort du dramaturge anglais. Et pourtant, frôlant l’écœurement, ils auraient bien tort de se priver de la trilogie Henry V, Henry VI et Richard III qu’Ivo van Hove a compilée, et brillamment adaptée avec l’aide de Rob Klinkerberg, dans son Kings of War qu’il donne à voir au Théâtre de Chaillot. Car, bien davantage que le pur récit qu’il amende malicieusement, le metteur en scène belge extrait la substantifique moelle de ces trois pièces et se concentre sur la construction de ces monarques emblématiques et sur leur façon d’exercer le pouvoir.

En les inscrivant résolument dans notre temps – costumes et décor contemporains, assassinats en forme d’euthanasie, langage adapté à la marge, et même de faux appels passés à Barack Obama, Angela Merkel et Vladimir Poutine -, Ivo van Hove cherche à tisser un lien entre ces dirigeants d’une autre époque et les leaders politiques actuels. Chacun établira les parallèles qui conviennent entre Henry V qui assoit son pouvoir par la guerre, Henry VI qui le perd par faiblesse et Richard III qui l’obtient par la ruse. Dépassant les intrigues shakespeariennes, il décortique les conflits, au sens large du terme, qu’ils se mènent sur un champ de bataille normand, au sein d’une Cour infidèle ou dans une famille pervertie par la conquête du trône. Les coulisses le captivant plus que les faits historiques, il relègue la guerre de Cent-Ans et celle des Deux-Roses en arrière-plan et se contente de quelques brèves mises au point essentielles.

La maestria du Toneelgroep Amsterdam

Pour accentuer son propos, Ivo van Hove se sert d’un plateau à double facette. Au premier plan, figure une pièce, tantôt lieu de sacrement, poste de combat avancé, salon royal ou bunker qui trahit, chaque fois, l’extrême compréhension du texte ; au second plan, un couloir blanc, lieu de tous les meurtres et autres plans machiavéliques qui ne sont donnés à voir que par l’intermédiaire d’un dispositif vidéo. Dès lors, le double jeu du pouvoir se met en place, avec sa façade officielle et ses magouilles officieuses, ses déclarations au bon peuple méprisé et ses petits arrangements entre amis.

Mais, le talent de Van Hove ne serait pas si éclatant s’il ne pouvait s’appuyer sur le Toneelgroep Amsterdam, troupe attitrée du Stadsschouwburg Amsterdam qu’il dirige depuis près de 15 ans. Avec une précision dans le jeu que l’on avait déjà pu voir il y a quelques mois dans Mary Stuart, les comédiens néerlandais ne laissent rien au hasard. Dans l’expression de leur visage comme dans leur posture scénique, ils n’ont besoin d’aucun artifice pour se fondre dans la peau de leurs personnages et transmettre leurs intentions, aidés en cela par la caméra qui capturent la moindre de leurs mimiques. A ce petit jeu, les trois rois (Ramsey Nasr en Henry V, Eelco Smits en Henry VI et Hans Kesting en Richard III) donnent, dès les premières minutes de leur couronnement respectif, la tonalité du monarque qu’ils incarnent et permettent, en retour, à Van Hove d’apparaître comme le véritable souverain de cette soirée.

Kings of War d’après Henry V, Henry VI et Richard III de William Shakespeare, mis en scène par Ivo van Hove au Théâtre de Chaillot (Paris). Durée : 4h30 (entracte compris). *****

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