« Le Retour au désert » : Arnaud Meunier éponge le vitriol de Koltès

"Le Retour au désert" / Crédit photo : Sonia Barcet.

« Le Retour au désert » / Crédit photo : Sonia Barcet.

A trop vouloir respecter les desiderata de Bernard-Marie Koltès, Arnaud Meunier s’est fait prendre au piège. Alors qu’on lui parlait toujours de ses pièces comme d’œuvres dramatiques, le dramaturge français a voulu prouver, à la fin des années 1980, qu’il était aussi un auteur de comédies, ce qu’il l’a poussé à livrer Le Retour au désert, dont le directeur de la Comédie de Saint-Étienne s’empare au Théâtre de la Ville. Accentuant les ressorts comiques – souvent assez grossiers – de la pièce, le metteur en scène délaisse ce qui en fait le sel, et l’intérêt. Plutôt que de s’interroger sur la question des racines identitaires et de dresser le portrait d’une bourgeoisie recluse dans son petit microcosme, Meunier préfère se concentrer sur la querelle familiale entre un frère, Adrien (Didier Bezace), et une sœur, Mathilde (Catherine Hiegel), embarqués dans un « je t’aime moi non plus ». Grand mal lui en a pris.

Alors que le premier mène une vie plutôt paisible dans une petite ville française où il dirige l’usine qu’il a héritée de son père, la seconde débarque, sans prévenir, avec ses deux enfants, Édouard (Cédric Veschambre) et Fatima (Nathalie Matter), sous le bras. De retour d’un exil de quinze ans en Algérie où la guerre fait rage, elle compte bien se réinstaller dans la maison occupée par son frère et sa femme Marthe (Elizabeth Doll), mais qui constitue sa part d’héritage. Avec Madame Queuleu (Isabelle Sadoyan) comme arbitre, ils reprennent rapidement leurs vieux réflexes d’antan, se chamaillant au moindre prétexte. Mais le contexte, lui, a changé. La France que Mathilde a quittée n’est plus tout à fait la même et, derrière les hauts murs de la demeure bourgeoise, ont lieu des ratonnades faites pour punir ces immigrés nord-africains que l’on accuse de tous les maux.

Malheureusement, ces passages textuels qui font tout l’intérêt du Retour au désert sont négligés par Arnaud Meunier. Le metteur en scène préfère les hurlements chroniques de Didier Bezace et Catherine Hiegel plutôt que de décortiquer cette France où germe le racisme. En cela, il est fidèle aux remontrances de Madame Queuleu qui se plaint, en servante gardienne du temple, de ces cris qui n’en finissent plus. Mais ce jeu criard vient parfois contaminer les scènes les plus intimistes, jusqu’à nous donner l’agaçante sensation de nous faire aboyer dessus. Comme s’il était passé à côté de la finesse de la pièce de Koltès, Meunier la transforme en une comédie lourde qui perd de son mordant et de sa pertinence. Même si Le Retour au désert ne figure sans doute pas dans le Panthéon koltèsien, elle ne méritait pas un tel traitement.

Le Retour au désert de Bernard-Marie Koltès, mis en scène par Arnaud Meunier, au Théâtre de la Ville (Paris) jusqu’au 31 janvier, puis du 3 au 11 février aux Célestins (Lyon), les 24 et 25 février à la Comédie de Caen et le 29 février aux Scènes du Jura (Lons-Le-Saunier). Durée : 2h15. *

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