Avec « Le coup droit lifté de Marcel Proust », Les Possédés frôlent la faute de jeu

"Le coup droit lifté de Marcel Proust" / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

« Le coup droit lifté de Marcel Proust » / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

On croyait Les Possédés plus habiles avec les romans qu’avec les pièces de théâtre. A ce titre, on se souvient – avec beaucoup d’émotion – de leur adaptation de Loin d’eux de Laurent Mauvignier au Théâtre de la Bastille et – avec un soupçon de colère – de leur Platonov au Théâtre de la Colline. Cette fois, toujours au Théâtre de la Bastille, le collectif dirigé par Rodolphe Dana s’est attaqué à Marcel Proust, et plus particulièrement à Du côté de chez Swann, dans lequel ils picorent quelques passages avec plus ou moins d’habileté, mais sans parvenir à retrouver leur éclat d’antan.

Combray et le drame du coucher, les clochers de Martinville, la célébrissime madeleine… Tous les passages cruciaux du premier tome d’À la recherche du temps perdu sont exhumés par Katja Hunsinger, Antoine Kahan et Marie-Hélène Roig qui incarnent, tour à tour, les différents personnages convoqués par Proust. De cette sélection non exhaustive, émergent les bases du travail du romancier, son univers mélancolico-nostalgique, sa poétique de la prose mais aussi sa manière de saisir le réel pour le transformer en art par l’intermédiaire de phrases aussi longues que fluides, aussi complexes que riches.

Surjeu et froideur

Cette langue, la mise en scène de Rodolphe Dana, simple jeu de clair-obscur souvent bien dosé, ne l’écrase pas et, alors qu’ils pourraient trébucher tant elle est parfois sinueuse, les comédiens la domptent, techniquement, avec une certaine aisance. Mais, leur jeu les poussent souvent à la faute. Exceptée Marie-Hélène Roig qui, avec sa position distanciée et sa prise de parole rare, tire son épingle du jeu, Katja Hunsinger et Antoine Kahan pêchent par un surplus de psychologisme. La première se trouvant coincée dans son rôle de personnage froid et raide, quand le second s’enferme dans une attitude clownesque et s’affiche trop régulièrement en surjeu.

Dès lors, on frôle de temps à autre la caricature, celle d’un univers mielleux et geignard que – et c’est un comble – certains détracteurs de Proust lui renvoient pour mieux le critiquer. Pis : les passages les moins réussis – et ils sont nombreux – ne parviennent pas à retenir complètement notre attention, bercés que nous sommes par la musicalité de la langue proustienne. Un impair dans la direction d’acteurs d’autant moins compréhensible qu’elle apparait en complet décalage avec la finesse de la scénographie signée Katrijn Baeten et Saskia Louwaard. Espérons simplement que ce spectacle aura malgré tout encouragé, et non pas dissuadé, certains aventureux à se lancer sans aucune retenue dans cette magnifique fresque qu’est À la recherche du temps perdu.

Le coup droit lifté de Marcel Proust d’après Du côté de chez Swann de Marcel Proust, mis en scène par Rodolphe Dana au Théâtre de la Bastille (Paris) jusqu’au 19 février. Durée : 1h15. *

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