« Caspar Western Friedrich » : Philippe Quesne se perd dans le Far West

"Caspar Western Friedrich" / Crédit photo : Martin Argyroglo.

« Caspar Western Friedrich » / Crédit photo : Martin Argyroglo.

Sans but affiché, difficile de l’atteindre. Jusqu’ici, Philippe Quesne avait fait un quasi sans-faute dans les spectacles, comme L’Effet de Serge ou La Mélancolie des dragons, qu’il avait faits entrer dans son propre répertoire. Composée spécialement pour les comédiens des Kammerspiele de Munich, sa dernière création, Caspar Western Friedrich, s’avère malheureusement bien moins convaincante que les précédentes. Si l’univers mélancolico-poétique du directeur du Théâtre Nanterre-Amandiers est toujours aussi présent, difficile cette fois de le suivre dans ce qui ressemble à un empilement de séquences plus ou moins réussies.

C’est un quintette de cowboys (Peter Brombacher, Johan Leysen, Stephan Merki, Julia Riedler, Franz Rogowski) légèrement défraîchis que l’on retrouve installés au coin du feu. Un peu abattus par le temps ou par la vie, ils entonnent quelques chansons assis sur leurs pierres en carton. Mais cette petite troupe nostalgique d’un genre, le western, qui n’est plus franchement à la mode, a un grand projet. Dans leur atelier d’artiste, ils se fabriquent un monde bien à eux. A mi-chemin entre le musée et la pièce de théâtre en devenir, ils testent des paysages romantiques et fredonnent des poèmes de Friedrich Hölderlin, Rainer Maria Rilke ou Paul Verlaine. C’est d’ailleurs ainsi, à quelques phrases près, qu’ils communiquent entre eux.

Une pièce brouillonne

Si le concept peut paraître séduisant, il s’écroule à l’épreuve des planches. Difficile de compter, tant ils sont nombreux, les temps morts et les instants de flottement où les comédiens errent sur le plateau à la recherche du prochain numéro qu’ils devront présenter. Économe en mots, la pièce l’est aussi en sens. Exceptée l’atmosphère qui reste constant, rien ne rattache ces différents morceaux qui, s’ils avaient été agencés dans un ordre différent, auraient constitué exactement le même spectacle. Tout se passe comme si Philippe Quesne n’avait pas su quoi faire de son idée de départ et qu’il s’était égaré en chemin en proposant une pièce brouillonne et peu aboutie.

Dans cet océan de déception, reste les comédiens qui, s’ils sont clairement sous-exploités, ne manquent pas de talent dans les rares moments où ils peuvent en user. La scénographie aussi est, comme à chaque fois chez Philippe Quesne, un pilier sur lequel il est possible de se reposer grâce à une série d’images étonnantes et réussies, même si, pour certaines, elles éblouissent moins qu’à l’accoutumée. Car le magicien Quesne n’aura pas réussi, cette fois, à se faire enchanteur.

Caspar Western Friedrich de et par Philippe Quesne au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 19 février. Durée : 1h30.*

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