« Les Gens d’Oz » : Yana Borissova et Galin Stoev tournent à vide

"Les Gens d'Oz" / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

« Les Gens d’Oz » / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Les Gens d’Oz fait partie de ces spectacles dont les pourfendeurs du théâtre – public – contemporain se pourlèchent pour mieux le critiquer. Volontiers accusé d’être élitiste – certains diront même qu’il pratique la « branlette intellectuelle » -, il est pourtant le lieu de la « vraie » création théâtrale, un espace où toutes les audaces sont possibles et s’avèrent le plus souvent payantes. Mais de cette audace, le texte de Yana Borissova comme la mise en scène de Galin Stoev sont dépourvus. Les deux éléments tournant autant à vide l’un que l’autre, ne sachant pas trop où ils vont et usant de ressorts faussement sophistiqués qui agacent bien davantage qu’ils séduisent.

Ils sont cinq à graviter autour de cet immeuble qui suscite toutes les convoitises. Parmi eux, seuls Anna (Bérangère Bonvoisin), Truman (Yoann Blanc) et Erwin (Tristan Schotte) y habitent. Ce dernier s’est amouraché de Mia (Edwige Baily), une jeune femme travaillant pour un éditeur qui convoite le nouveau manuscrit d’Anna dont elle repousse sans cesse l’écriture depuis 10 ans. Sart (Vincent Minne), quant à lui, cherche à aider son ami dans sa conquête amoureuse, tout en squattant son appartement en attendant qu’un logement se libère dans le voisinage. A une exception près, les uns et les autres conversent par duos successifs : amis, amoureux et ennemis sentimentaux échangent donc sans vrai but affiché.

Manque de consistance

Problème : les thématiques choisis par Yana Borissova ont été maintes fois rebattues. L’amour, la littérature, la vieillesse, la solitude, le désir d’écriture sont tout juste convoqués sans jamais être vraiment sondés. En optant pour un traitement superficiel, l’auteur bulgare ne parvient pas à faire sortir de ces multiples conversations un élément neuf qui pourrait susciter un quelconque intérêt. Les poncifs et autres phrases toutes faites se répondant les uns aux autres, sans jamais dépasser le style pédant avec lequel ils sont assénés.

Handicapé par la pauvreté manifeste du texte, Galin Stoev déroule une mise en scène qui manque de saveur et de sens. A tire d’exemples : à quoi servent ces brèves incursions de la vidéo ? A quoi sert cet instant – plutôt gênant – où les comédiens se mettent à sauter sur d’énormes poufs pendant près de 2 minutes ? Tout se passe comme si, le metteur en scène bulgare, pris de vertige devant le manque de consistance de la pièce, avait cherché à en combler les manques et à divertir le spectateur, au sens le plus pur du terme. Reste les comédiens qui, avec leur jeu encore vert, ne sont, dans leur majorité, pas parvenus à s’approprier totalement leurs personnages et a leur donné une carrure digne d’intérêt. Mais encore faut-il que cela soit possible.

Les Gens d’Oz de Yana Borissova, mis en scène par Galin Stoev au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 2 avril. Durée : 1h35. °

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