La Ménagerie de rêve de Daniel Jeanneteau

"La Ménagerie de verre" / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

« La Ménagerie de verre » / Crédit photo : Elisabeth Carecchio.

Pour donner vie à sa Ménagerie de verre, Daniel Jeanneteau aurait pu opter pour la plus stricte réalité. Mais, bien au contraire, c’est dans l’univers du songe et du rêve – un peu effrayant – qu’il nous transporte au Théâtre de La Colline pour nous conter l’histoire de Laura (Solène Arbel), Jim (Pierrick Plathier), Amanda (Dominique Reymond) et Tom (Olivier Werner). À l’aide d’un double voile de tulle blanc dont il maîtrise les effets à la perfection, le scénographe régulier de Régy, Rambert ou Sivadier magnifie l’univers déployé par Tennessee Williams. Lesté par un texte qui peut parfois frôler le boulevard, Jeanneteau parvient à en gommer le pathos grâce à l’environnement vaporeux dans lequel il embarque ses comédiens et, par la même occasion, son public.

La famille Wingfield est en partie décapitée. Dans la mémoire de Tom, le fils, se rejoue un passé qui le hante où sa mère, Amanda, ne se remet pas de l’abandon de son mari et où sa sœur, Laura, timide maladive et légèrement handicapée, préfère se réfugier dans sa ménagerie de verre plutôt que d’affronter le monde réel. Alors qu’elle raconte une n-ième fois l’histoire de Blue Mountain et de cette cohorte de 17 galants qui cherchaient à obtenir ses faveurs, Amanda fait un amer constat : sa fille ne va plus à l’école et risque de finir seule, sans travail ni mari. Elle décide donc de convoquer un galant afin de la caser en sécurité. Chargé de trouver le prétendant idéal, Tom invite Jim O’Connor, un collègue de son entrepôt, à dîner. Mais le jeune homme est en fait le seul garçon que Laura ait jamais aimé alors qu’elle était encore au lycée… Trouvera-t-elle les ressources nécessaires pour faire face à ce fantôme du passé ?

La catharsis des passions à plein régime

Psychologisante, la pièce de Tennessee Williams, tout comme Un tramway nommé désir, l’est assurément. Difficile dès lors pour Daniel Jeanneteau de diriger ses comédiens vers un jeu distancié où tout sentiment serait remisé à la marge, où l’intention serait éthérée. Sur ce plateau superbement éclairé par les lumières de Pauline Guyonnet et de Marie-Christine Soma, les comédiens évoluent dans un univers gracieux et inquiétant. Dissimulés derrière les voiles de tulle blanc, leurs ombres et leurs reflets existent davantage que leur chair, ce sont eux qui portent leurs voix venues d’outre-tombe, d’un passé si lointain qu’il les désincarne instantanément. Pour autant, le jeu, notamment de Dominique Reymond, prend aux tripes. À intervalles réguliers, quelques larmes viennent humidifier les yeux, de cette scène où Jim tente d’apprivoiser Laura à celle où Amanda se souvient des jonquilles qu’elle cueillait avant de rencontrer son mari. La catharsis des passions fonctionnant alors à plein régime.

Grâce au système scénique qu’il organise et à la discrète musique choisie par Isabelle Surel, Daniel Jeanneteau se situe à la bonne distance de la pièce du dramaturge américain. Tout juste pourrait-on lui reprocher de s’enfermer dans un espace monolithique pouvant sembler rigide, et donc sclérosant. Mais, ce serait sans compter sur l’énergie des quatre comédiens qui font sauter les murs et transmettent leurs émotions bien au-delà de leur environnement de jeu. S’appuyant sur quelques tirades (« Sans sa corne, cette licorne devient un cheval comme les autres ») qu’ils font claquer au bon moment, ils progressent sans jamais lâcher le spectateur d’un pouce. Si bien que, si elle pouvait apparaître datée, la pièce version Jeanneteau irradie par sa belle modernité.

La Ménagerie de verre de Tennessee Williams, mis en scène par Daniel Jeanneteau au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 28 avril. Durée : 2h05. ****

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s