« Und » : Nathalie Dessay brise la glace

"Und" / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Und » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

On aurait pu craindre un caprice de diva de la part de celle qui, pendant longtemps, fut l’une des figures de proue de l’art lyrique français. Il n’en est rien. En retrait officiel des scènes d’opéra depuis fin 2013, Nathalie Dessay a choisi le théâtre – dont elle a toujours rêvé – pour entamer sa reconversion et, pour cette première expérience, n’a pas opté pour la configuration scénique la plus évidente. Seule – ou presque – sur la scène du Théâtre des Abbesses, aux prises avec un monologue d’Howard Barker, Und, dont la limpidité n’est pas l’avantage premier, l’ancienne soprano, menacée par une scénographie de Jacques Vincey aussi majestueuse que surprenante, s’est imposé un véritable défi. Une prise de risques qui, nonobstant quelques tirades toutes en longueurs, s’avère on ne peut plus payante.

De cette femme on ignore tout, jusqu’à son nom. Trônant dans une magnifique robe rouge, accompagnée par une horde de domestiques invisibles, elle semble attendre la venue d’un homme, dont on ne sait pas s’il est un ami, un amant ou un simple prétendant. Régulièrement interrompue par le son d’une cloche, telle l’ancêtre de la sonnette, cette « juive aristocrate », comme elle se définit elle-même, divague au gré d’éléments de vie qu’elle distille avec la plus grande parcimonie. Mais difficile de savoir dans quelle catégorie ranger ses dires. Sont-ce des souvenirs, des espoirs, des regrets ou bien seulement des rêveries ? Seule certitude : à mesure qu’elle avance, cette femme se dévoile et chacun pourra trouver dans ses mots vaporeux la résonance qui lui convient.

Complète maîtrise

Sous la direction de Jacques Vincey, Nathalie Dessay, en alternant subtilement les niveaux de jeu, parvient à briser l’épaisse couche de glace qui entoure son personnage singulier. À l’instar de ces glaçons géants qui planent au-dessus d’elle – une belle idée signée Mathieu Lorry-Dupuy et sublimée par les lumières de Marie-Christine Soma -, cette femme voit sa carapace fondre et se briser, en même temps que ses ardents désirs.

Complexe au premier abord, le texte d’Howard Barker gagne en puissance à mesure que la néo-comédienne fait montre de sa complète maîtrise. Sans jamais parvenir à pleinement convaincre, il bénéficie toutefois du fin talent du duo Vincey-Dessay qui en tire un classieux univers. Nous donnant le doux espoir que cette reconversion humble et réussie de l’ancienne soprano ne reste pas l’histoire d’un soir.

Und d’Howard Barker, mis en scène par Jacques Vincey, au Théâtre de la Ville (Paris) jusqu’au 14 mai. Durée : 1h10. ***

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