Braunschweig donne un coup de jeune à « Britannicus »

"Britannicus" / Crédit photo : DR.

« Britannicus » / Crédit photo : DR.

C’est tambour battant que Stéphane Braunschweig a choisi d’exécuter Britannicus. Évitant soigneusement tous les écueils du théâtre classique, dont les vers ont déjà été maintes fois entendus, le désormais directeur du Théâtre de l’Odéon parvient à créer une certaine alchimie entre sa constante modernité et les talents de la troupe de la Comédie-Française où il s’est invité. À l’aide d’une scénographie très épurée, le metteur en scène revitalise efficacement la pièce de Racine qui, comme la plupart des grands classiques, dispose pourtant de tous les ingrédients pour paraître surannée.

Malgré tout, conformément au texte, on replonge dans les affres de l’Empire romain. Néron (Laurent Stocker) n’en est alors qu’aux prémices de son règne. Porté au pouvoir par sa mère Agrippine (Dominique Blanc) qui a réussi à le faire désigner empereur au détriment de Britannicus (Stéphane Varupenne), le fils du défunt Claude, il est célébré par tout Rome qui perçoit en lui la régénérescence du pouvoir politique tant attendue. Mais, soudainement, tout s’enraye. Amoureux de Junie (Georgia Scalliet), il décide de la faire enlever, au beau milieu de la nuit, afin de lui proposer de devenir son épouse. Problème : outre le procédé peu cavalier, la jeune femme n’a d’yeux que pour son rival, Britannicus, qui l’aime en retour. Un désir contrariant qui irrite également Agrippine. Elle préfèrerait que son fils garde sa femme actuelle, Octavie, pour conserver le plus d’influence possible sur lui. C’est donc une alliance contre-nature qui va progressivement se nouer entre les deux parties lésées afin de faire avorter le projet impérial.

La modernité retrouvée

Une fois l’oreille habituée aux tirades versifiées, la pièce de Racine, façon Braunschweig, apparait d’une éclatante modernité. D’abord, par l’univers qui l’entoure. Exit les habits d’époque que l’on aurait pu craindre dans cet écrin de la Comédie-Française, les comédiens sont parés de costumes sombres, qu’aucun(e) homme ou femme d’affaires du XXIe siècle ne renierait. Quant aux meubles Louis XIV, ils ont cédé leur place à une imposante table de réunion aux contours on ne peut plus contemporains, ainsi qu’à un ensemble de portes dissimulées derrière un fin voile noir. Parce qu’il apporte toujours un soin particulier, en premier lieu, à sa scénographie, le metteur en scène dévoile son intention : ce Britannicus sera actuel ou ne sera pas.

Un mantra qui se retrouve aisément dans les intentions de jeu. Sans jamais dévoyer la magnifique langue de Racine, Stéphane Braunschweig dirige subtilement ses comédiens qui, de Dominique Blanc à Laurent Stocker, en passant par Stéphane Varupenne, disent les vers à la façon de la prose, sans jamais chercher à les déclamer, leur conférant alors une nouvelle résonance qui trahit la fine compréhension du texte de cet ensemble d’artistes. Il faut dire que le metteur en scène dispose là de quelques-uns des éléments de la fine fleur du théâtre français qu’il réussit à exploiter pleinement. Qu’on aimerait voir du Racine aussi bien monté plus souvent…

Britannicus de Racine, mis en scène par Stéphane Braunschweig à la Comédie-Française jusqu’au 23 juillet. Durée : 2h05. ****

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