Avec « Nécessaire et urgent », Hubert Colas et Annie Zadek laissent de marbre

"Nécessaire et urgent" / Crédit photo : Hervé Bellamy.

« Nécessaire et urgent » / Crédit photo : Hervé Bellamy.

Y aurait-il tromperie sur la marchandise ? Avec un tel titre, on attendait de Nécessaire et urgent, écrit par Annie Zadek et repris par Hubert Colas au Théâtre de la Colline, une certaine intensité dans le texte, comme dans le jeu. Il n’en est rien. Trop froid, trop cérébral, trop académique tel qu’il est mis en scène par le talentueux scénographe français, le questionnement intime proposé par cette fille de juifs et communistes polonais arrivés en France en 1937 tombe à plat. Laissant de marbre alors qu’il devrait toucher, se faisant glaçant alors qu’il devrait émouvoir.

Au total, 524 questions sont posées par deux enfants (Bénédicte Le Lamer et Thierry Raynaud), devenus adultes, à leurs parents, au destin tragique. Comme autant de lettres mortes laissées sans réponse, elles s’adressent à ces fantômes, dont le parcours, et la triste fin, ont dû être tus après la Seconde Guerre mondiale, au nom de la réconciliation nationale. Mais se construire avec un héritage aussi lourd n’est pas chose aisée. Comme un exorcisme, se délester de ce flot de questions, de la plus futile à la plus cruciale, permet de reconstituer un portrait en creux de ceux qui ont disparu, et de pouvoir envisager sa propre reconstruction.

Rester à quai

Problème : au lieu de mettre en valeur ce texte, d’en sonder les arcanes pour en faire éclater l’éventuelle beauté, Hubert Colas l’étouffe avec son travail scénographique. S’il est très esthétique, le cube de plexiglas qui trône au milieu de la scène finit par devenir la véritable star de la soirée. Souvent joliment éclairé, empli de fumée ou de lumière diffractée, il est générateur d’ombres et de souvenirs, mais surtout d’un poids qui écrasent les épaules un peu trop frêles des deux comédiens qui gravitent autour de lui. Tout se passe comme si Hubert Colas, dont on connait les talents de scénographe, s’était concentré sur cette forme épurée, laissant ses acteurs se débrouiller avec cette enfilade de questions pour le moins complexe à gérer.

Le tout manque alors cruellement d’incarnation. À jouer la distance, le metteur en scène et ses comédiens placent tout le monde à l’écart. Pourtant déclamées face public, les questions n’atteignent pas leur cible. Pourtant, le thème, crucial et essentiel, pourrait résonner efficacement. Mais Annie Zadek s’égare et, sans point de chute clairement identifié, le décrochage est rapide. Ce Nécessaire et urgent nous aura donc laissés sur le quai, en marge de ce voyage intérieur à la recherche des fantômes du passé qui hantent encore le présent.

Nécessaire et urgent d’Annie Zadek, mis en scène par Hubert Colas au Théâtre de la Colline (Paris) jusqu’au 4 juin. Durée : 1h. *

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