« 6 A.M… » : la poétique trop tortueuse du Blitztheatregroup

« 6 A.M. How to disappear completely » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Avec 6 A.M. How to disappear completely qu’il donne à voir au Festival d’Avignon, l’intention du Blitztheatregroup est belle et ambitieuse. En s’inspirant du poème Ménon pleurant Diotima de Friedrich Hölderlin, Angeliki Papoulia, membre du jeune collectif grec, prévient : « Nous essayons d’emmener le public dans des voies cachées, inconscientes, subconscientes, sans tenter de l’aborder de manière frontale ou directe, sans prendre le temps de justifier ou d’analyser ce qui est en train de se passer afin d’éviter certaines formes de reconnaissance. » Sans le guider, donc, dans une expérience post-théâtrale affranchie du schéma narratif traditionnel qui, si elle n’est pas dénuée d’intérêt scénographique, égard malheureusement dans des méandres poétiques bien trop tortueux.

Car il faut sans doute une certaine forme de lâcher-prise total pour être embarqué dans cette proposition du Blitztheatregroup. Plongé au cœur d’un espace spatio-temporel non identifiable, un ensemble de personnages, dont on ne sait rien, s’affaire sans but précis pour tenter de construire un endroit qui s’auto-détruit quasi-instantanément. Là, peu de choses semblent avoir survécu. La nature y est réduite à la portion congrue et les produits manufacturiers de base y sont légion, constituant un îlot fait d’espoirs et de menaces. Dans une ambiance transitoire, à mi-chemin entre la fin du monde et le début d’une nouvelle ère, ces hommes et ces femmes sont à la recherche d’un signe capable de donner un sens à leur existence.

Un étroit labyrinthe

Dénuée de tout dialogue verbal, exception faite des vers d’Hölderlin disséminés ça et là, la proposition du Blitztheatregroup tente néanmoins d’appréhender et d’expérimenter la déréliction dans laquelle sont actuellement plongées nos sociétés européennes. Travaillant, mangeant, consommant sans autre fin précise que leur survie, les hommes ne sont plus que les rouages d’un monde qui, plus que jamais, existe sans avancer, dénué de tout cap et de tout sens. Problème : à trop vouloir coller strictement à cette poétique du désespoir, le collectif grec peine à convaincre de l’intérêt immédiat de sa démarche, en immergeant le spectateur dans un étroit labyrinthe qui suscite bien plus d’ennui que de fascination.

Reste cependant, dans cette expérience hermétique, et outre l’intense énergie des comédiens, les magnifiques élans scénographiques concotés par Efi Barba qui donnent naissance à une palette d’images singulières et intrigantes. Il est simplement regrettable qu’elles paraissent tourner à vide et que, contrairement aux personnages, le public ne voit aucune lueur d’espoir au bout de ce tunnel qui, s’il est hautement créatif, se referme sur un cul-de-sac.

6 A.M. How to disappear completely d’après Ménon pleurant Diotima de Friedrich Hölderlin, conçu et mis en scène par Blitztheatregroup à l’Opéra Grand Avignon jusqu’au 10 juillet, puis du 23 au 28 février 2017 au Nouveau Théâtre de Montreuil . Durée : 1h05. *

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