Avec « Ludwig, un roi sur la lune », Madeleine Louarn fait rimer différence et exigence

« Ludwig, un roi sur la lune » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

En présentant un spectacle avec des comédiens membres d’un ESAT, Madeleine Louarn prenait le risque de donner à voir une pièce de « théâtre adapté », de celles où le handicap moteur prend une place très importante sur scène jusqu’à faire du jeu théâtral un prétexte. Mais, ce serait bien mal connaître la metteuse en scène que d’envisager une telle hypothèse. Depuis plus de 20 ans, elle les pratique, ces comédiens singuliers, au sein de l’atelier Catalyse de l’établissement des Genêts d’Or de Morlaix qu’elle a entièrement créé, et sait en tirer le meilleur avec toute l’exigence requise. Cette année, elle leur donne la chance de se produire dans le cadre du Festival d’Avignon avec le texte de Frédéric Vossier, Ludwig, un roi sur la lune. Un spectacle particulier qui ne laisse de marbre aucun festivalier.

Ludwig, c’est Louis II de Bavière. Ce Roi devenu monarque bien trop jeune, sans le vouloir, plus attiré par le romantisme de la nature que par l’exercice de pouvoir. Frédéric Vossier choisit ici d’en dresser le portrait, de sa jeunesse à sa vieillesse, et surtout d’explorer les ressorts de sa complexe psyché qui faisait dire à ce roi particulier qu’il voulait « demeurer pour [lui] comme pour les autres une éternelle énigme ». Un monarque soumis à la (mauvaise) influence de sa cour qui cherche à abuser de sa présumée faiblesse, tout comme à celle de Richard Wagner qui tente d’en faire sa marionnette.

Intensité et sincérité

Pour pénétrer dans l’univers de ce personnage hors du commun, Madeleine Louarn opte pour un spectacle pluriel. Aussi musical que théâtral, il fait également la part belle aux élans chorégraphiques concoctés par Ludovic Touzé et Agnieszka Ryszkiewicz. Dans une mise en scène délicate, portée par les belles lumières de Michel Bertrand, les comédiens doivent donc se faire danseurs et interprètes. Une ambition qui leur demande une implication totale, à la fois corporelle et intellectuelle, qu’ils remplissent avec une sincérité et une intensité qui subjuguent. Dans cet ensemble où le regard condescendant n’a pas sa place, le jeune Guillaume Drouadaine tire notamment son épingle du jeu en maîtrisant de bout en bout son rôle de Ludwig jeune et en aidant certains de ses camarades parfois plus en difficulté.

Toutefois, c’est le prix de l’exigence et on le comprend aisément, le texte est parfois un brin malmené par quelques acteurs et la compréhension n’est alors pas toujours aisée. Il recèle néanmoins en lui-même des faiblesses intrinsèques qui, si elles peuvent être pardonnées, n’en sont pas moins présentes et expliquent les décrochages. Malgré tout, grâce aux talents des musiciens Rodolphe Burger et Julien Perraudeau, les moments d’émotion se succèdent les uns aux autres, tout comme les jolis instants scéniques qui font dire qu’il s’agit bien là d’un moment de théâtre (presque) comme les autres.

Ludwig, un roi sur la lune de Frédéric Vossier, mis en scène par Madeleine Louarn à l’Autre Scène du Grand Avignon (Vedène) jusqu’au 13 juillet, puis du 3 au 12 décembre au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis), le 9 février 2017 à l’Archipel (Fouesnant-Les-Glénan), du 2 au 4 mars au CDN d’Orléans, du 4 au 6 avril au CDN de Besançon, les 9 et 10 avril au Théâtre du Pays de Morlaix et du 3 au 5 mai à la MC2 de Grenoble. Durée : 1h40. ***

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