Au « Pays de Nod », les FC Bergman s’enferrent dans le conceptuel

"Het Land Nod (Le Pays de Nod)" / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Het Land Nod (Le Pays de Nod) » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Les FC Bergman sont coutumiers de la démesure. Dans 300 el x 50 el x 30 el, le collectif anversois, associé au Toneelhuis, avait construit, sur scène, un village entier ; pour Terminator Trilogy, il avait choisi d’investir un terrain vague dans le port de la ville flamande, avant de se lancer, deux ans plus tard, dans la création d’un opéra monumental intitulé Van den vos. Cette fois, avec Het Land Nod (Le Pays de Nod), ces six Belges un peu fous ont reconstitué, grandeur nature, la salle Rubens du Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers, où le public est invité à s’installer. Un décor qui, s’il est remarquable, ne donne malheureusement pas lieu à un spectacle de son envergure.

Dans cette pièce, emblématique du musée anversois, ne subsiste qu’une seule et unique toile du grand maître de la peinture baroque : Le Coup de lance. Mais, en voulant la déplacer afin de la protéger des travaux de rénovation qui vont avoir lieu, les conservateurs se rendent compte qu’à cause de sa taille trop imposante elle ne pourra pas passer l’encablure de la porte. Dès lors, ils vont se mettre à phosphorer pour trouver une solution tandis que le lieu se transforme progressivement en un hall où la réalité cède sa place à l’absurde…

Une toute petite souris scénique

Si elle est inspirée, au départ, de faits réels – le musée est effectivement fermé jusqu’en 2018 et la salle Rubbens a dû être en partie démolie pour permettre à une quinzaine d’œuvres d’en être extirpées -, « l’histoire » perd rapidement de sa substance. Une « histoire » entre guillemets car les FC Bergman donnent plutôt à voir un ensemble de saynètes qui n’ont souvent ni grand sens, ni lien absolument fondamental entre elles, si ce n’est l’endroit où elles se déroulent. On y voit, par exemple, un homme nu se balader, des asiatiques se prendre en selfie devant le tableau à déplacer, trois visiteurs qui rejouent une scène de Bande à part, le film de Jean-Luc Godard, ou encore un homme et une femme en train de mimer un crawl au milieu de vêtements étendus sur le parquet.

Rien d’absolument transcendant, donc, dans ce théâtre d’atmosphère dénué de toute paroles où les personnages en déshérence – le conservateur ne parvient pas à accomplir sa tâche, les gardiens n’ont plus rien à garder… – n’effleurent quasiment jamais le registre poétique. Sans être tout à fait désagréable, et en se faisant parfois drôle, la pièce ennuie malgré tout bien davantage qu’elle ne fascine. Nous faisant dire, cruellement, que cette grosse débauche de moyens scénographiques accouche finalement d’une toute petite souris scénique qui, si elle est gentiment absurde, ne réussit pas réellement à émouvoir.

Het Land Nod (Le Pays de Nod) de et par les FC Bergman au Parc des expositions d’Avignon jusqu’au 23 juillet, puis du 16 au 20 mai 2017 à La Villette (Paris). Durée : 1h15. *

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