Jean Bellorini fait mordre la poussière aux « Karamazov »

"Karamazov" / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Karamazov » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Pour le retour du Festival d’Avignon dans la Carrière de Boulbon, on attendait un spectacle à la mesure de ce lieu magnifique situé à la périphérie de la Cité des Papes. Malheureusement, ce ne sera pas pour cette fois. Certes, le pari était ambitieux, et, en choisissant d’adapter Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoeïvski, Jean Bellorini était très attendu, mais la déception après presque six heures de jeu fut à la hauteur de cette attente. Terne, sans véritable ligne directrice, le patron du Théâtre Gérard Philipe signe, dans les faits, un spectacle désuet qui manque cruellement de rythme et d’idées neuves.

Et pourtant, il avait de la matière – trop peut-être ? – pour remplir ce défi. Monument littéraire s’il en est, Les Frères Karamazov compte l’histoire d’Ivan (Geoffroy Rondeau), Mitia (Jean-Christophe Folly), Aliocha (François Deblock) et Smerdiakov (Marc Plas), fils illégitime de leur père à tous, Fiodor Pavlovitch Karamazov (Jacques Hadjaje). Alcoolique au dernier degré, le patriarche n’a d’yeux que pour son benjamin, le pieux et dévoué Alexeï, seul élément de la fratrie à prêcher pour la bonne entente de tous. Démonétisé auprès d’Ivan, Fiodor est également dans le viseur de Dimitri, dit Mitia, qui veut récupérer la part d’héritage laissé par sa mère et indûment conservé par son père. Se noue alors une intrigue complexe, qui conduira au parricide, où les rancœurs et l’argent prennent progressivement la place de l’amour et, surtout, de Dieu.

De répétition en répétition

Dans son adaptation, qu’il a co-réalisée avec Camille de La Guillonnière – qui interprète également le rôle de Khokhlakova -, Jean Bellorini manque cruellement d’un fil conducteur qui augurait d’un certain point de vue sur le roman, pourtant très riche, de l’écrivain russe. Las, les scènes s’enchaînent avec un rythme en dents de scie sans que l’on en voit vraiment ni la cohérence globale, ni le bout. Les monologues interminables succédant aux dialogues, pour la plupart, inefficaces font sombrer l’ensemble dans une mauvaise dynamique où le texte n’accroche plus et s’étiole en bavardages. Sûrement conscient de cet écueil, Bellorini tente d’instiller une dose de fantaisie en transformant – comme il en a l’habitude – ses comédiens en musiciens et/ou chanteurs d’un soir. Mais ces moments, parfois jolis, donnent le sentiment d’être plus décoratifs que véritablement constructifs.

Dès lors, on en vient à se contre-faire de l’histoire qui se déroule sous nos yeux, portée par une scénographie qui, si elle est astucieuse avec ses voies de chemin de fer, fleure, dans l’ensemble, bon le réchauffé et s’avère, à l’usage, sans aucun lien avec la Carrière de Boulbon et extrêmement répétitive. Répétitif aussi, le jeu des comédiens. Hurlant quasiment constamment, tout se passe comme si la troupe avait confondu intensité et cri, flirtant, du même coup, avec la fausseté. Régulièrement mal dirigés, ils sont peu nombreux sur scène à donner une teinte intéressante aux personnages qu’ils incarnent – on peut citer Clara Mayer (Grouchenka et Smourov) en forme d’exception – et quelques-uns se révèlent même agaçants – Geoffroy Rondeau, par exemple, suit cette règle.

Volontairement artisanale, faussement authentique, la proposition théâtrale de Bellorini parait bien poussiéreuse à côté de celles de bon nombre de ses petits camarades metteurs en scène. Monochrome en utilisant constamment les mêmes lumières, monocorde en usant toujours des mêmes ficelles, son spectacle est dénué de toute surprise et ne donne pas au texte de Dostoïevski toute la splendeur requise.

Karamazov, d’après Les Frères Karamazov de Fiodor Dostoïevski, adapté et mis en scène par Jean Bellorini à la Carrière de Boulbon jusqu’au 22 juillet, puis du 18 au 27 novembre à La Criée (Marseille), les 3 et 4 décembre au Théâtre Louis Aragon (Tremblay-en-France), le 9 décembre au Préau (Vire), du 14 au 16 décembre au Théâtre de Caen, du 5 au 29 janvier 2017 au Théâtre Gérard Philipe (Saint-Denis), les 2 et 3 février au Théâtre de Bayonne, les 9 et 10 février au Théâtre national de Nice, les 17 et 18 février aux Treize Arches (Brive), du 23 au 25 février à la MAC Créteil, du 1er au 5 mars au Théâtre Firmin Gémier (Châtenay-Malabry), les 10 et 11 mars au Grand R (La Roche-sur-Yon), les 14 et 15 mars à la Maison de la Culture d’Amiens, du 22 au 25 mars au TNT, du 30 mars au 7 avril aux Célestins (Lyon), le 20 avril au Domaine d’O (Montpellier), les 27 et 28 avril à la Scène nationale de Sète, le 12 mai à l’Espace Jean Legendre (Compiègne), les 19 et 20 mai à la Comédie de Clermont-Ferrand, et les 31 mai et 1er juin au Théâtre de Cornouaille (Quimper). Durée : 5h40. *

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