« Rêve et Folie » : Claude Régy, lourdement radical

"Rêve et Folie" / Crédit photo : Pascal Victor.

« Rêve et Folie » / Crédit photo : Pascal Victor.

Certes, Claude Régy n’a plus rien à prouver. Figure tutélaire du théâtre français, vache sacrée de certains spectateur avisés, il pourrait sembler bien audacieux – et irrévérencieux – de venir lui chercher des noises, surtout à l’heure de ce Rêve et Folie qu’il décrit comme sa dernière mise en scène, signée à l’âge de 93 ans et présentée au Théâtre Nanterre-Amandiers, dans le cadre du Festival d’automne à Paris. Oui, mais voilà, il faut oser dire que cette ultime proposition n’est pas à mettre devant n’importe quelle paire d’yeux, qu’elle ne pourra ravir – sauf rares exceptions – qu’une portion d’irréductibles initiés, à cause de son hermétisme assumé. Une conception, élitiste, très éloignée de l’idée que l’on peut se faire du théâtre en 2016.

D’abord, parce que Régy a choisi de sacrifier le texte de Georg Trakl sur l’autel de sa mise en scène. Loin d’être valorisés, les mots du poète austro-hongrois, pourtant dignes d’êtres entendus, se trouvent hachés menus par la diction caricaturalement lente – cinq pages de texte suffisent pour tenir 50 minutes – que le metteur en scène impose à son comédien, Yann Boudaud. Habitué à un tel formalisme, il le pousse ici à l’extrême, dans une radicalité linguistique lourde et empesée qui compromet gravement toute compréhension d’un propos qui n’est déjà, en lui-même, pas d’une limpidité absolue. Alors, quand vient la fin d’une phrase, on ne se souvient déjà plus du début, faisant perdre leur sens aux nombreux instants de silence, pourtant si cher au metteur en scène…

Aucune épiphanie

Lourd, le jeu de Yann Boudaud l’est également. Emprunt de pathos, volontairement maniéré, il ne parvient jamais à véritablement saisir ou émouvoir. Sa proposition scénique parait si ampoulée qu’elle en étouffe, venant encore aggraver les conséquences de cette diction si particulière qui provoque souvent un brin d’agacement. Pourtant, l’atmosphère créée par Régy, faite, comme à son habitude, d’obscurité et de lumières tamisées réglées au cordeau, pourrait venir rattraper le tout. Mais, là encore, elle échoue : à l’image de la tonalité monocorde du jeu du comédien, elle se cantonne dans un dispositif monochromatique qui lasse bien davantage qu’il ne convainc.

L’ensemble laisse alors dans la plus grande expectative. Si Claude Régy fait tout pour transformer la salle en une église, demandant implicitement aux spectateurs de venir au théâtre comme ils iraient à la messe, force est de constater qu’aucune épiphanie ne s’est produite. Rien, ou presque, ne subsistera de ce qui reste, néanmoins, une vraie proposition théâtrale. Si ce n’est, peut-être, l’émotion d’avoir assisté au dernier spectacle de celui qui fût l’un des grands maîtres du théâtre français.

Rêve et Folie de Georg Trakl, mis en scène par Claude Régy au Théâtre Nanterre-Amandiers jusqu’au 21 octobre. Durée : 50 minutes. *

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