Wilson entraîne Faust dans la danse du diable

"Faust I & II" / Crédit photo : DR.

« Faust I & II » / Crédit photo : DR.

Pour Robert Wilson, il ne s’agissait pas, comme Peter Stein l’avait fait en son temps, de restituer, au Théâtre du Châtelet, les 12 111 vers que comptent les Faust I & II de Goethe. Bien au contraire, le metteur en scène américain, aidé par le travail d’adaptation de Jutta Ferbers, cherche, au prix de coupes sévères, à en dégager une atmosphère qui, sous son habile baguette, devient on ne peut plus singulière. Encanaillé par la musique et les chansons d’Herbert Grönemeyer, et alimenté par l’esthétique wilsonnienne si particulière, c’est tout un univers qui se déploie autour des talentueux comédiens du Berliner Ensemble qui n’ont plus qu’à se fondre dans leurs costumes endiablés.

Préférant une narration sous forme de tableaux, plutôt que linéaire, Wilson s’attache néanmoins à retranscrire, non sans échapper à quelques complexités, la trame essentielle du chef d’œuvre du poète et dramaturge allemand. Faust (Winfried Goos, Anatol Käbisch, Sven Scheele, Felix Strobel et Fabian Stromberger) est donc toujours ce médecin, respecté par l’ensemble de son village, qui, au soir de sa vie, fait face à un amer constat : obnubilé par sa quête de savoir, il y a consacré ses plus belles années et n’a pourtant, en retour, rien obtenu qui puisse le contenter. Profondément déprimé, tenté par la mort, il voit apparaître Méphistophélès (Christopher Nell), qui lui propose de nouer un pacte : en échange de son âme, qu’il devra lui livrer une fois trépassé, le prince de l’enfer s’engage à lui redonner sa jeunesse et à lui faire connaître toutes les joies terrestres. Croyant ne plus rien avoir à perdre, Faust accepte et retrouve bientôt le goût et la joie de vivre au contact de la belle Marguerite (Christina Drechsler, Claudia Graue, Gaia Vogel).

Une incroyable énergie

Sous le regard de Bob Wilson, on ne sait plus très bien qui de Faust, en version quadruplée, ou de Méphisto est le plus diabolique, l’élève donnant parfois la sensation d’avoir dépassé le maître. Souvent déjantée, toujours vivifiante, l’ambiance musicale et scénique donne à la pièce de Goethe des atours insoupçonnés, aux confins du rock, voire du punk. Sans se départir de sa marque de fabrique scénographique qui fait que l’un de ses spectacles est reconnaissable entre mille – visages maquillés en blanc, jeu avec les ombres, fresques monocolores en fond de scène, arbres et échafaudages en tout genre… -, le metteur en scène américain prouve qu’il sait se renouveler en optant pour un parti-pris original, parfois à la limite de la folie, mais toujours diablement efficace, et souvent créateur de magnifiques images.

N’évitant pas quelques incontournables longueurs, Wilson peut toutefois s’appuyer sur l’incroyable énergie déployée par la troupe du Berliner Ensemble pour relancer la machine infernale. Dans son rôle de chef de file, rien ne semble résister à Christopher Nell, facétieux Méphisto, qui entraîne dans son sillage les autres comédiens, de Fabian Stromberger à Krista Birkner, en passant par Anna Von Haebler, Sven Scheele ou encore Felix Strobel, souvent méconnaissables. Empli d’un tel dynamisme, Wilson parviendrait presque à nous en faire aimer l’enfer…

Faust I & II de Goethe, mis en scène par Robert Wilson au Théâtre du Châtelet (Paris), dans le cadre de la programmation du Théâtre de la Ville, jusqu’au 29 septembre. Durée : 4h (entracte compris). ****

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