L’élégant « Cahier noir » d’Olivier Py

"Le Cahier Noir" / Crédit photo : DR.

« Le Cahier Noir » / Crédit photo : Editions Actes Sud.

Pour Olivier Py, ce Cahier noir, qu’il crée au Centquatre, signe un retour aux sources à bien des égards. Après un Roi Lear particulièrement raté, le directeur du Festival d’Avignon se réapproprie une forme scénique bien plus légère pour faire entendre ses propres mots qu’il a couchés sur le papier à l’âge de 17 ans. Comme une résurrection du passé, ils permettent d’entrevoir les fondations d’un auteur et metteur en scène déjà obnubilé par le poétique et la transcendance du réel alors qu’il n’est encore qu’un « simple » adolescent. Souvent grinçant, parfois drôle, le spectacle, par son élégance et sa sobriété, ne tombe jamais dans le pur écueil autobiographique en forme d’auto-célébration d’un « moi » plus ou moins révolu, bien au contraire.

Car c’est avec un singulier recul qu’Olivier Py scrute le jeune homme qu’il fut (incarné par Emilien Diard-Detoeuf). À l’étroit dans la ville de province où il habite encore, il ne se satisfait pas de la réalité telle qu’elle s’offre à lui. Trop fade, trop terne, expurgée de toutes sensations particulières, elle engendre un mal-être qui, loin de le clouer sur place, lui sert de moteur pour partir à la recherche de cette intensité qui, pour l’heure, lui fait cruellement défaut. Autour de lui, gravitent plusieurs hommes, dont Lucas (Emmanuel Besnault), un camarade de classe, bonne conscience croyante qu’il respecte autant qu’il le trouve naïf. Les autres (tous interprétés par Sylvain Lecomte), le jeune Olivier les utilise pour projeter ses fantasmes sexuels et désirs masochistes qui lui servent d’échappatoires, jusqu’à ce que la réel ne finisse par le rattraper.

Délicate scénographie

L’ensemble aurait pu être un amas anecdotique, voyeur, voire obscène, eu égard à la nature des penchants pour l’humiliation – parfois urologique – et la domination exprimés par le narrateur. À l’inverse, Py, par son écriture et par la direction d’acteurs qu’il impose, relègue ces aspects potentiellement sulfureux au second plan en les regardant avec une distance teintée d’ironie. Devenant sensibles, les mots de l’auteur sont mis en valeur par la délicate scénographie de l’habituel Pierre-André Weitz et par les lumières de Florent Gallier, qui donnent parfois naissance à quelques ombres chinoises projetées sur cette tenture qui figure l’hostilité de la ville dans laquelle il vit.

Dans un premier temps un brin trop emphatique, le trio de comédiens s’approprie rapidement les caractères bien trempés de ces personnages, naviguant avec aisance entre les différents rôles. Atteint d’une certaine forme de bovarysme, incapable de retrouver dans son quotidien les émois que la littérature peut lui procurer, le Py adolescent se fait on ne peut plus touchant. Surtout, il contient en lui toute la matrice – poétique, sexuelle, religieuse – du Py d’aujourd’hui, offrant par la même un trousseau de clés essentiel pour mieux comprendre les ressorts de son travail littéraire et théâtral.

Le Cahier noir de et par Olivier Py au Centquatre-Paris jusqu’au 19 novembre. Durée : 1h20. ***

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