Dans sa « Chambre en Inde », Ariane Mnouchkine en quête de sens

"Une Chambre en Inde" / Crédit photo : Anne Lacombe.

« Une Chambre en Inde » / Crédit photo : Anne Lacombe.

Une création d’Ariane Mnouchkine est toujours, en elle-même, un petit évènement. Prenant ses (fidèles) spectateurs encore une fois par surprise, la papesse du bois de Vincennes, où elle tient toujours d’une main de maître « son » Théâtre du Soleil, a annoncé il y a quelques semaines un nouveau spectacle, intitulé Une Chambre en Inde, suscitant une certaine excitation dans le monde du théâtre. Plusieurs fois repoussée, comme le veut la tradition, par cette perfectionniste aux 77 printemps, la première a finalement eu lieu en ce début novembre au cœur de La Cartoucherie. Mais, cette fois, il s’agissait d’une « création collective » de laquelle Hélène Cixous, l’habituelle dramaturge de la troupe, s’est exfiltrée, se contentant d’y apporter sa bienveillante « harmonie ». Malheureusement, il est peu de dire que cette absence s’est faite sentir, tant le spectacle, que Mnouchkine a voulu profondément ancrer dans l’actualité, n’a pas su combler toutes les attentes.

Pourtant, un an tout juste après les évènements tragiques de novembre 2015, cette volonté aurait pu faire sens. Dirigée par M. Lear, un metteur en scène qui vient d’être arrêté par la police indienne pour avoir escaladé nu une statue du Mahatma Gandhi, une troupe de théâtre désormais en déshérence se retrouve coincée au pays du Mahabharata où elle était venue chercher l’inspiration. Bien décidée à ne pas tout laisser tomber et malgré ses doutes, son assistante, Cordelia, prend la relève, alors qu’à Paris, les attentats du 13 novembre viennent d’avoir lieu. Se laissant emporter, au cœur de sa chambre, dans de multiples rêves, cauchemars et autres visions, elle tâtonne pour trouver sa voie théâtrale, celle qui lui permettrait de créer un spectacle qui aurait du sens pour expliquer le monde tel qu’il va, ou plutôt tel qu’il ne va plus.

C’est donc vers un théâtre de dénonciation que Mnouchkine s’oriente avec cette nouvelle création. On y retrouve ainsi, pêle-mêle, des séquences aussi diverses qu’un tournage d’un « film promotionnel » de Daech, des fragments du Mahabharata lui servant à dénoncer le sort des femmes indiennes, une rencontre avec William Shakespeare, l’échange via Skype entre un obscur conseil des droits de l’Homme de l’Arabie saoudite et des responsables politiques islandais, les membres d’une troupe de théâtre syrienne qui répètent, dans un souterrain d’Alep bombardée, les tirades des fantômes qui viennent hanter Richard III dans la pièce éponyme de Shakespeare, ou encore une discussion avec Anton Tchekhov. Le tout est sous-tendu par une investigation, que l’on imagine bien réelle, lancée par le ministère de la Culture à l’encontre de la troupe qui doit justifier de l’utilité du théâtre qu’elle crée, au risque de perdre sa subvention d’un peu plus de 17 000 euros.

Un constat très naïf

À la manière d’un Charlie Chaplin dans Le Dictateur, Ariane Mnouchkine cherche à provoquer le « rire intelligent » en tournant en dérision des thèmes qui sont bel et bien très sérieux. Si le procédé, intéressant intellectuellement, pourrait s’avérer très efficace, il est inégalement réussi pour fonctionner pleinement. Répétitif jusqu’à l’extrême, il débouche le plus souvent sur un constat très naïf, inadapté à la complexité des enjeux et parfois assez gênant dans sa réalisation. Tout se passe comme si la tentative de Mnouchkine débouchait, à son corps défendant, sur un constat d’impuissance, se bornant à déplorer les situations syrienne et irakienne ou le terrorisme, sans jamais parvenir à aller au-delà. En remettant toujours sur le métier la quête de sens de la création théâtrale, la metteuse en scène n’aboutit finalement qu’à un ensemble de saynètes reliées entre elles par ce fil rouge extrêmement ténu.

L’entreprise est d’autant plus périlleuse qu’elle est soutenue par des comédiens aux talents très inégaux. Régulièrement, en marge de jolis moments de troupe, certains surjouent allègrement, s’enferrant dans un pathos qui ajoute encore un brin de naïveté à l’ensemble. Pour autant, la musique de Jean-Jacques Lemêtre et la scénographie de Mnouchkine – peut-être moins artisanale qu’à l’accoutumée – libèrent une touchante atmosphère qui sauve cette création collective d’une certaine forme de naufrage. Espérons, qu’au fil des semaines, ces errements dramaturgiques et ce jeu parfois trop ampoulé seront progressivement gommés.

Une Chambre en Inde d’après une création collective dirigée par Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil (Paris). Durée : 4h (entracte compris). **

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