« Il cielo non è un fondale » : Deflorian et Tagliarini interrogent l’altérité

"Il cielo non è un fondale" / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

« Il cielo non è un fondale » / Crédit photo : Elizabeth Carecchio.

Certains voudraient faire croire que l’Autre est une menace, que les réfugiés ne fuiraient pas les bombes qui pleuvent sur leur terre natale mais seraient en quête d’allocation familiales, que les homosexuels ne voudraient pas seulement vivre leur amour paisiblement mais chercheraient à faire imploser le modèle du couple hétéro-normé, que les musulmans ne croient pas simplement en un Dieu différent mais voudraient asservir les sociétés de confession historiquement chrétienne… Jamais, donc, dans ces théories, qui participent à la pollution de l’atmosphère ambiante, jamais l’Autre n’est une chance ou une richesse qui, fondamentalement, dans la rencontre qu’il provoque, impose au « je » un changement d’état et devient, qu’il le veuille ou non, une partie de lui. C’est justement ce point de rencontre que Daria Deflorian et Antonio Tagliarini cherchent à ausculter avec Il cielo non è un fondale (Le ciel n’est pas une toile de fond) qu’ils présentent au Théâtre de l’Odéon.

S’inspirant du travail d’Annie Ernaux et de Winfried Georg Sebald, interrogeant l’incipit du Journal du dehors de l’écrivaine française qui reprend la phrase de Jean-Jacques Rousseau « Notre vrai moi n’est pas tout entier en nous », les deux Italiens, et leurs deux comédiens, Francesco Alberici et Monica Demuru, content plusieurs rencontres, avec l’autre et/ou le monde, qui en disent long sur eux-mêmes et sur cette société telle qu’ils s’y intègrent. Au hasard du spectacle, se mettent ainsi sur leur chemin, une vieille dame et un transsexuel brésilien, un vendeur de roses, une réfugiée à la porte d’un théâtre, un auto-stoppeur, une caissière de supermarché ou un radiateur. Et, à chaque fois, se joue cette même scène, celle de l’observation, de l’apprivoisement, de l’échange, puis vient la réponse à cette simple question : « Quand nous sommes à la maison, que pensons-nous de l’homme dehors sous la pluie ? ».

Contempler le réel

Étrange, le spectacle l’est de prime abord assurément. Mais, au cœur de cette immense boîte noire qu’offre le plateau vide des Ateliers Berthier – nonobstant un micro et un mur amovible -, il devient progressivement fascinant. Imperceptiblement, les quatre comédiens embarquent, avec toute leur sensibilité, à la rencontre d’un environnement que, toujours pressés et égo-centrés, nous avions négligé et oublié de contempler. Dès lors, c’est un autre regard qui est posé sur le monde et, par effet miroir, sur nous-mêmes. Au travers des yeux de Daria Deflorian, un simple radiateur peut, par exemple, devenir un compagnon de vie essentiel, lui redonnant alors une force symbolique qu’il avait perdue, et n’avait peut-être même jamais eu.

Loin d’être sophistiquée, cette proposition théâtrale, qui réinjecte du poétique dans un environnement devenu neutre, voire hostile, frappe par sa simplicité et son humilité. Déjà profondément touchante dans Ce ne andiamo per non darvi altre preoccupazioni, Daria Deflorian émeut par sa présence scénique, tout comme les trois autres comédiens qui, chacun leur tour, exposent leurs histoires ou portent un regard bienveillant sur celui qui s’exprime. Agrémenté de quelques passages musicaux ou de simples onomatopées, magnifiquement interprétés par Monica Demuru, l’ensemble enveloppe dans une douce atmosphère bien plus respirable que celle qui prévaut au dehors. Dommage qu’elle ne flotte dans l’air que le temps d’un spectacle…

Il cielo non è un fondale (Le ciel n’est pas une toile de fond) de et par Daria Deflorian et Antonio Tagliarini au Théâtre de l’Odéon (Paris) dans le cadre du Festival d’automne à Paris jusqu’au 18 décembre, puis au Théâtre Garonne (Toulouse) du 26 au 29 avril 2017. Durée : 1h30. ***

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