« Où les coeurs s’éprennent », Rohmer devient anecdotique

"Où les coeurs s'éprennent" / Crédit photo : Théâtre de la Bastille.

« Où les cœurs s’éprennent » / Crédit photo : Théâtre de la Bastille.

L’affiche d’Où les cœurs s’éprennent au Théâtre de la Bastille était pour le moins alléchante et résolument ancrée dans l’air du temps. Comme de nombreuses pièces depuis quelques mois, la proposition de Thomas Quillardet prenait le cinéma comme source d’inspiration – en l’espèce, celui d’Eric Rohmer en s’appropriant deux de ses plus beaux films, Les Nuits de la pleine lune et Le Rayon vert. Prometteur, donc, mais décevant. Si le metteur en scène parvient à le rendre sympathique, il ôte, dans le même temps, la substantifique moelle du propos du cinéaste, le traitant sur le mode de l’anecdote et lui faisant perdre, par effet domino, l’essentielle de sa substance.

Réunir les deux chefs-d’œuvre de Rohmer pour montrer « deux figures féminines fortes et sensibles, cramponnées à leur idéal », comme le souhaitait Quillardet, ne manquait pourtant ni de pertinence, ni d’ambition. D’un côté, réside Louise, celle des Nuits de la pleine lune. Habitant en couple avec Rémi à Marne-la-Vallée, la jeune femme possède un pied-à-terre parisien qu’elle est en train de retaper en vue de le louer. Affectionnant, contrairement à son copain, les sorties avec ses amis, elle décide finalement de le garder pour elle, histoire de pouvoir se ménager des moments de solitude dont elle pense avoir besoin… De l’autre, se trouve Delphine, anti-héroïne du Rayon vert. En plein cœur de l’été parisien, la copine avec qui elle devait partir en vacances lui fait faux bond. Se retrouvant alors seule pour profiter de ses congés, elle est déterminée à trouver un plan de secours, qui la conduira, insatisfaite chronique qu’elle est, de plan de secours en plan de secours, sans jamais véritablement en profiter.

En surface

Au cœur d’un dispositif scénique fait de bric et de broc, la petite troupe de comédiens évolue avec plus ou moins de réussite. S’appropriant les dialogues de Rohmer sur un ton résolument léger, ils cultivent une atmosphère dans laquelle il est très aisé d’entrer, et de rester, tant elle respire la sympathie et le plaisir de jouer. Problème : la proposition n’est pas suffisamment lestée pour passionner. Restant en surface, elle ne fait qu’effleurer les lignes de force qui structurent toute l’œuvre du cinéaste et en révoque la beauté, la magie et autre poésie.

Quillardet manque ainsi sa cible et ne confère pas assez de profondeur à ces deux portraits de femmes dont il ambitionnait de démontrer qu’elles étaient « des variations l’une de l’autre ». Malheureusement, sous le regard du metteur en scène, le « faire » prend le pas sur le « dire » et sur « l’être ». Une gageure quand on connait l’univers du cinéaste français. Mais, parions que ceux qui viendront y voir un vaudeville en ressortiront ravis, quant aux autres, plus rohmériens, ils resteront sans doute sur leur fin…

Où les cœurs s’éprennent de et par Thomas Quillardet, d’après les scénarios des films Les Nuits de la pleine lune et Le Rayon vert d’Eric Rohmer, au Théâtre de la Bastille (Paris) jusqu’au 19 janvier, puis le 21 janvier au Théâtre Jean Arp (Clamart), les 25 et 26 janvier au Théâtre de Vanves, les 10 et 11 mai au Théâtre de Lorient, le 20 mai à Dieppe scène nationale et du 19 au 28 mai au Festival Théâtre en Mai (Dijon). Durée : 2h. **

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s