« Le Dernier Testament » sans transcendance de Mélanie Laurent

"Le Dernier Testament" / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

« Le Dernier Testament » / Crédit photo : Jean-Louis Fernandez.

Après être passée, avec plus ou moins de réussite, devant (Je vais bien, ne t’en fais pas, Inglourious Basterds…) puis derrière (Demain) la caméra, Mélanie Laurent a donc choisi de s’essayer sur les planches. Et il est peu de dire que ce baptême du feu était attendu au tournant par le petit monde théâtral qui voit, parfois, d’un œil méfiant l’arrivée de tels transfuges. Loin d’être la catastrophe redoutée par certains, son adaptation du Dernier Testament de Ben Zion Avrohom de James Frey au Théâtre de Chaillot se révèle honorable mais bien trop appliquée pour ne pas être dispensable.

Au centre du quatrième roman de l’auteur américain se trouve Ben (Jocelyn Lagarrigue). De prime abord, l’homme parait bien ordinaire : célibataire, un peu looser, il vit seul dans son appartement où il joue aux jeux vidéos quand il ne doit pas œuvrer sur le chantier où il travaille. Un jour, une plaque de verre de plus de 500 kg lui tombe dessus. Alors qu’on le donne pour mort, profondément plongé dans le coma, le corps en miettes, le new-yorkais se réveille brutalement, à la faveur d’une crise d’épilepsie. A son chevet, Charles (Stéphane Facco), un ami de son frère Jacob (Morgan Perez), constate qu’il est capable de réciter n’importe quel verset de la Bible, alors même qu’il ne l’a jamais lue. Dès lors, la théorie se confirme : Ben serait le Messie du XXIe siècle. Mais un Messie un peu à part, loin des canons religieux des textes sacrés défendus par son pasteur de frère, simplement capable de soigner l’âme de ceux qu’il croise, de la mère célibataire droguée et strip-teaseuse, Mariaangeles (Nancy Nkusi), au policier, en passant par des marginaux qui vivent sous-terre.

Une réponse petits bras

Dans l’adaptation – partielle – qu’elle en propose, Mélanie Laurent s’attache à gommer tous les aspects potentiellement sulfureux du texte de James Frey. A travers son prisme, le propos devient éminemment naïf, en regard, notamment, des temps troubles que les sociétés occidentales connaissent sur les plans politique et religieux. Nulle transcendance, donc, ni résonance. Tout se passe comme si, dans le monde de Mélanie Laurent, l’amour propagé par un nouveau Messie se révélait être la solution aux problèmes, profonds, que connaissent les individus. Contrairement aux réponses fortes à la crise écologique qu’elle avait pu développer dans Demain, celle-ci apparait bien petits bras et donne l’étrange sensation d’être, peu ou prou, transporté au pays des Bisounours.

Le tout se double d’une mise en scène, bonne élève, qui, si elle est enveloppée dans une élégante scénographie de Marc Lainé et Stephan Zimmerli, vient renforcer cette vision candide. Si Nancy Nkusi parvient le plus souvent à tirer son épingle du jeu, il n’en va pas de même des autres comédiens qui, sans ou avec une mauvaise direction d’acteurs, s’enferrent dans un pathos boursouflé qui ennuie bien plus qu’il n’enthousiasme. Noyé dans un flot d’images esthétiquement correctes mais symboliquement faibles, l’ensemble souffre d’un dynamisme en dents de scie qui le précipite dans une gentille léthargie. Il en faudra bien plus à Mélanie Laurent pour inverser la vapeur sociale. Face au bruit des canons, le pouvoir des fleurs semble bien dérisoire.

Le Dernier Testament, d’après Le Dernier Testament de Ben Zion Avrohom de James Frey, adapté et mis en scène par Mélanie Laurent au Théâtre de Chaillot (Paris) jusqu’au 3 février, puis les 9 et 10 février à La Filature (Mulhouse). Durée : 1h55. *

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