Les « Memories of Sarajevo » trop scolaires du Birgit Ensemble

« Memories of Sarajevo » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

On attendait beaucoup – peut-être trop – de la présence du Birgit Ensemble au Festival d’Avignon. Dans la lignée de Berliner Mauer : Vestiges, première partie de leur tétralogie européenne créée en 2013 et découverte en 2015, Julie Bertin et Jade Herbulot sont venues y présenter leurs deux derniers épisodes, Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes. Le temps et l’expérience aidant, on pouvait espérer que les deux jeunes metteuses en scène auraient réussi à gommer les imperfections détectées dans le premier opus. Las, si leurs intentions se sont musclées, si leurs idées se sont densifiées, l’exécution laisse quant à elle encore un peu à désirer.

Pourtant, face à une Union européenne toujours plus exsangue et sclérosée, la veine du théâtre politique dans laquelle elles s’inscrivent est on ne peut plus salutaire. Dans Memories of Sarajevo, le duo revient sur le conflit sanglant qui a secoué les Balkans au début des années 1990. Nourri par des recherches documentaires, mais aussi par des entretiens menés avec des spécialistes du sujet ou des habitants de la région, le spectacle se reflète dans les deux facettes d’un même miroir : d’un côté, les tractations politico-diplomatiques entre les belligérants serbes, croates et bosniaques, sous l’égide d’organisations supra-nationales – ONU, UE – totalement impuissantes ; de l’autre, le quotidien des habitants de Sarajevo, attachés à leur multiculturalisme, farouchement opposés aux revendications nationalistes de leurs dirigeants, mais embarqués, malgré eux, dans une guerre forcément meurtrière dont ils ne voulaient pas.

Didactique et anecdotique

En résistant soigneusement à la tentation du théâtre documentaire, comme peut, à l’inverse, le pratiquer Milo Rau, Le Birgit Ensemble se prive de précieuses archives – exceptées quelques extraits radiophoniques – qui auraient pu densifier leur propos. Elles optent à la place pour une forme purement théâtrale où les habitants de Sarajevo, comme les dirigeants qui les surplombent, sont interprétes par une troupe de quatorze comédiens. Par un procédé dramaturgique trop systématique, les scènes de vie quotidienne se trouvent entrecoupées de séances de tractations en petits ou grands comités – à moins que ce ne soit l’inverse -, où se croisent, pêle-mêle, Slobodan Milosević, Bill Clinton ou encore quelques observateurs de l’UE et de l’ONU dont l’Histoire n’a pas cru bon de retenir les noms, du fait, sans doute, de leur incapacité, voire de leur inaction coupable.

Problème : si la volonté éminemment pédagogique des deux metteuses en scène est louable, la partie macrohistorique sombre dans le didactique, quand les évènements microhistoriques relèvent, toujours, de l’anecdotique. Dès lors, difficile, malgré quelques bonnes idées scéniques, d’émouvoir et de toucher un public qui croit parfois devoir faire face à un simple manuel d’Histoire. Reste, alors, les comédiens qui, avec la fougue de leur jeunesse et l’énergie de troupe, se donnent corps et âme – avec plus ou moins de réussite – à leurs différents rôles. Mais, malgré cela, Le Birgit Ensemble peine à convaincre. Un constat d’autant plus regrettable qu’elles avaient, avec un tel sujet et des intentions aussi fortes, une véritable mine d’or à portée de mains.

Memories of Sarajevo de et par Le Birgit Ensemble au Gymnase Paul Giéra (Avignon) jusqu’au 15 juillet, puis du 9 au 19 novembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry, le 25 novembre au POC (Alfortville), le 2 décembre au Théâtre de Châtillon, le 12 décembre à la Scène nationale d’Aubusson, du 16 au 18 février 2018 au Grand T (Nantes) et les 3 et 4 mars à la MC2 de Grenoble. Durée : 2h25. **

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