« Dans les ruines d’Athènes » : la satire inaboutie du Birgit Ensemble

Dans les ruines d'Athènes / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Dans les ruines d’Athènes / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

On attendait beaucoup – peut-être trop – de la présence du Birgit Ensemble au Festival d’Avignon. Dans la lignée de Berliner Mauer : Vestiges, première partie de leur tétralogie européenne créée en 2013 et découverte en 2015, Julie Bertin et Jade Herbulot sont venues y présenter leurs deux derniers épisodes, Memories of Sarajevo et Dans les ruines d’Athènes. Le temps et l’expérience aidant, on pouvait espérer que les deux jeunes metteuses en scène seraient parvenues à gommer les imperfections détectées dans le premier opus. Las, si leurs intentions se sont musclées, si leurs idées se sont densifiées, l’exécution laisse quant à elle encore un peu à désirer.

Pourtant, face à une Union européenne toujours plus exsangue et sclérosée, la veine du théâtre politique dans laquelle elles s’inscrivent est on ne peut plus salutaire. Avec Dans les ruines d’Athènes, le duo opte pour le registre de la satire, sociétale et politique. Six jeunes grecs répondant chacun au nom d’un personnage mythologique acceptent de participer à une émission, Parthénon Story, qui a tous les codes du show de télé-réalité. Le but ? Un effacement de la dette personnelle du gagnant qui se chiffre souvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros. Parrallèlement, une rétrospective des négociations entre le gouvernement grec et les représentants de la Troïka se déroule, du premier plan de « sauvetage » organisé par les instances supra-nationales à l’acceptation par Alexis Tsipras des mesures économiques drastiques imposées par les membres de l’Union européenne, Allemagne et France en tête. Bientôt, les deux situations se rejoignent : alors que les habitants de la maison font face aux mesures de restrictions – eau, électricité, nourriture – mises en place par la production, le gouvernement grec se voit progressivement humilié, car soumis aux consignes financières aveugles et délirantes de ses créanciers.

Fourmillement d’idées

Si les procédés scéniques et scénographiques sont séduisants et innovants, et même formellement réussis durant les premières minutes, ils apparaissent progressivement bien trop systématiques pour ne pas être lassants. Surtout, le fourmillement d’idées du Birgit Ensemble, dont la participation numérique du public est le symbole le plus original, ne parvient pas à être fécond tant il se révèle inabouti. Le principe du show de télé-réalité se délite à mesure que la pièce avance, les phases de négociations deviennent trop factuelles pour être pleinement intéressantes, et l’épilogue du spectacle, où la déesse Europe a pris le pouvoir, est en complet décalage avec le réalisme qui prévalait antérieurement. Dès lors, le registre satirique perd de son efficience en se fourvoyant dans une multitude de chemins qui égarent davantage qu’ils ne conduisent à bon port.

Malgré tout, la direction d’acteurs est nettement plus maîtrisée que dans Memories of Sarajevo et les jeunes comédiens tiennent fermement la barre de leurs rôles respectifs, des présentateurs TV cruels à Angela Merkel, en passant par Jean-Claude Juncker, Nicolas Sarkozy, Dominique Strauss-Kahn ou encore Christine Lagarde. Souvent amusantes, même si elles semblent parfois un peu téléphonées, leurs interprétations recèlent ce côté grinçant que la dramaturgie, elle, n’a pas su conserver. Alors, si les dirigeants, nos dirigeants, notamment européens, en prennent pour leur grade tout au long du spectacle, la conclusion, un brin naïve, où le peuple l’aurait finalement emporté, semble bien utopique. Au grand dam de la population grecque.

Dans les ruines d’Athènes de et par Le Birgit Ensemble au Gymnase Paul Giéra (Avignon) jusqu’au 15 juillet, puis du 9 au 19 novembre au Théâtre des Quartiers d’Ivry, le 25 novembre au POC (Alfortville), le 2 décembre au Théâtre de Châtillon, le 12 décembre à la Scène nationale d’Aubusson, du 16 au 18 février 2018 au Grand T (Nantes) et les 3 et 4 mars à la MC2 de Grenoble. Durée : 2h25. **

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