« Les Parisiens » : Olivier Py en pleine débauche

« Les Parisiens » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

« Une étoile brille de nuit », inscrit-il, comme un mantra, en lettres capitales au fronton de son plateau. Alors, faut-il le prendre au mot ? Olivier Py serait-il devenu une de ces étoiles trop massives qui, après avoir tant brillé, s’effondrent sur elles-mêmes, à cause d’un cruel manque d’hydrogène ? Si son talent de programmateur, en tant que directeur du Festival d’Avignon n’est nullement à remettre en cause, son aura de dramaturge et metteur en scène pâlit à vue d’œil, comme en témoigne Les Parisiens, son nouveau spectacle qu’il présente à la FabricA. Après avoir déçu, il y a deux ans, avec son Roi Lear, Olivier Py récidive et déverse, 4h45 durant, un inexplicable torrent de bile noire et logorrhéique qui use jusqu’à la corde, et fait craindre le pire : qu’il n’est absolument plus rien à dire.

Adapté son tout dernier roman était, déjà, en soi, une provocation, après l’accueil plutôt frais qu’il avait reçu de la part du public, comme de la critique. Un roman aux accents quelque peu autobiographies tant les premiers pas parisiens d’Aurélien, un jeune artiste provincial ayant « soif de tout », ressemblent à s’y méprendre à ceux d’Olivier Py. Si la trame de l’histoire semble ancienne, l’environnement dans lequel il évolue ressemble trait pour trait au monde culturel parisien bien actuel, avec son lot d’acteurs institutionnels, de politiques et de journalistes qui, derrière des noms inventés, cachent des personnes dont on peut deviner qu’elles sont bien réelles – citons, pêle-mêle, Pierre Bergé, William Christie, Brigitte Salino ou encore Frédéric Mitterrand. En même temps qu’une satire au vitriol de ce milieu si particulier, Les Parisiens relate l’ascension d’Aurélien qui, en se servant des trucs et astuces mondains, parvient à se hisser au plus haut.

Triste tragédie

Sauf que, plutôt qu’une critique en règle, qui pourrait être légitime, Py s’adonne à un déversement de fiel revanchard, stérile et cruel – alors même, rappelons-le en passant, qu’il a su habilement se servir du milieu qu’il dézingue aujourd’hui pour construire sa propre carrière. Le monde culturel est alors dépeint et observé par le tout petit bout de la lorgnette, volontiers sexuel, vulgaire, voire carrément scabreux. Autant de provocations – du simple sado-masochisme aux vélléités de zoophilie – qui, à part donner une légère nausée à force d’accumulations, tournent complètement à vide. Le tout baignant dans une harassante logorrhée – qu’il est vrai Py a parfois tout le mal du monde à maîtriser. Dès lors, toutes les obsessions du metteur en scène, devenues des poncifs, y passent : de Dieu à la poésie, en passant par la prostitution et le sexe hard. À croire qu’il n’y a rien de bien neuf dans l’environnement pyesque.

Mais il y a plus. Car la débauche n’est pas simplement dans le fond, mais se glisse aussi dans la forme. Que d’énergie, de talents de comédiens, d’effets de manche scéniques, et donc, osons l’avouer, de moyens gâchés pour, finalement, accoucher d’une modeste souris. On ne compte plus les instants où la mise en scène brasse du vent, simplement pour créer du mouvement, où les acteurs s’usent vainement alors qu’il n’y a globalement rien à redire sur leur talent. Présentée comme une comédie, Les Parisiens se révèlent être, à l’épreuve des planches, une triste tragédie où le désespoir et la noirceur l’emportent sur toute forme de vie. Les motivations pour expliquer ce geste théâtral d’Olivier Py restent pour le moins énigmatiques. Espérons qu’il ne s’abîme pas dans le trou noir qu’il vient tout juste de créer.

Les Parisiens de et par Olivier Py à la FabricA (Avignon) jusqu’au 15 juillet, puis les 26 et 27 mai 2018 au Théâtre du Gymnase (Marseille) et du 1er au 3 juin au Théâtre de la Ville (Paris). Durée : 4h45 (entracte compris). °

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