Pascal Kirsch ne sauvera pas « La Princesse Maleine »

« La Princesse Maleine » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Maurice Maeterlinck peut-il encore être monté en 2017 ? La question semble légitime tant les récentes productions, construites à partir des pièces du dramaturge belge, que nous avons pu voir ces derniers temps, récèlent à chaque fois les mêmes faiblesses, celles d’un théâtre daté qui n’arrive plus à communiquer avec notre société. Malheureusement pour Pascal Kirsch, sa Princesse Maleine n’échappe pas à cette implacable règle. Présenté dans le cadre du 71e Festival d’Avignon, son spectacle, pourtant empli de bonne volonté et d’un rapport sincère au texte, ne parvient pas à dépasser les poussiéreux écueils de l’œuvre qu’il a choisie.

Toute première pièce de Maeterlinck, librement adaptée du conte des frères Grimm Demoiselle Méline, la princesse, La Princesse Maleine nous convie à la table du roi Marcellus où les fiançailles de sa fille et du prince Hjalmar viennent d’avoir lieu. Là, un scandale éclate entre le vieux roi Hjalmar, père du prince, et son homologue Marcellus. Malmenées, les noces sont rompues, et les deux royaumes s’embarquent dans un conflit meurtier. Amoureuse d’Hjalmar, la princesse Maleine ne consent pas à se choisir un nouvel époux. Bientôt emmurée par son père qui ne supporte pas qu’elle lui résiste, elle est épargnée par la guerre qui dévaste son pays et tue ses parents. Seule rescapée, accompagnée par sa nourrice, la jeune princesse s’en va donc rejoindre le royaume de son beau prince avec le fol espoir de se marier avec lui.

Un appendice grotesque qui ne prend pas

Dépassée par essence, l’histoire relatée par Maeterlinck a toutes les difficultés du monde à entrer en résonance avec notre époque. Sans doute conscient de ce handicap, Pascal Kirsch tente d’en actualiser la forme grâce aux belles lumières de Marie-Christine Soma, à un vrai travail sur le son, mais aussi à quatre écrans qui diffusent quelques images symbolistes. Las, alors que la vidéo se révèle purement illustrative, les longueurs textuelles imposées par l’auteur belge mettent la patience du spectateur à rude épreuve. Poussive, la dramaturgie lasse alors bien davantage qu’elle ne séduit.

Surtout, sans crier gare, Pascal Kirsch prend, à mi-chemin, un brusque tournant dans sa direction d’acteurs. Dans les dernières encablures du spectacle, le metteur en scène relègue au second rang le registre sombre et inquiétant déployé dès les premières minutes pour proposer une vision vaguement grotesque de la pièce. Pris de court par un parti-pris qui n’est pas pleinement assumé, le public s’en trouve déstabilisé et ne sait plus trop si les comédiens se fourvoient dans leur jeu – ce qui est parfois arrivé au cours de la pièce – ou si leurs intentions plus ou moins humoristiques sont bien réelles. Au bout de l’ennui, on en vient alors à esquisser quelques sourires – un peu narquois – à l’égard d’un spectacle qui, malgré ses défauts, n’en méritait pas tant.

La Princesse Maleine de Maurice Maeterlinck, mis en scène par Pascal Kirsch au Cloître des Célestins (Avignon) jusqu’au 15 juillet, puis en octobre 2018 à la MC93 (Bobigny), le 13 novembre au Parvis (Ibos), les 26 et 27 novembre à l’Équinoxe (Châteauroux), les 11 et 12 décembre à La Passerelle (Saint-Brieuc), et à l’automne 2018 à La MC2 de Grenoble. Durée : 2h25. *

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s