« Unwanted » : la performance sophistiquée de Dorothée Munyaneza

« Unwanted » / Crédit photo : Christophe Raynaud de Lage.

Disons-le avant toute autre chose : le geste théâtral et chorégraphique de Dorothée Munyaneza est salutaire. Il est toujours délicat de critiquer un spectacle comme Unwanted, intimement lié à une personne, surtout quand ce lien est aussi terrible que le génocide du Rwanda. Dans la lignée de Jean Hatzfeld et de ses récits Dans le nu de la vie, Une saison de machettes et La stratégie des antilopes, tous consacrés à un drame longtemps resté sous le boisseau de l’Histoire, la jeune artiste met en lumière le sort de ces femmes, et de leurs enfants, violés en temps de guerre, et plus particulièrement durant celle-ci. Performance révoltée, née d’une colère profonde, Unwanted ne parvient toutefois pas à bousculer. Fort de ses atouts intrinsèques et incontestables, et malgré ce sujet crucial, il laisse relativement de marbre.

Pour construire sa proposition, Dorothée Munyaneza est allée à la rencontre de ces femmes, meurtries dans leur chair, avec une seule question à leur poser : « Vous êtes-vous acceptée ? » Car, davantage, que le viol en lui-même, son spectacle s’intéresse à la vie d’après, à la possibilité d’une reconstruction à la suite d’une telle blessure, au sort de ces victimes qui, bien souvent, se trouvent tout simplement rejetées, mises au ban de la société. 

Artifice superflu

Ces paroles récoltées, et restituées sur scène, forment d’ailleurs les meilleurs moments du spectacle. Percutantes, d’une simplificité déconcertante, elles agissent tel un coup de poing donné par une femme à l’énergie brute et entière. Malheureusement, Dorothée Munyaneza a voulu entrecouper ces instants de moments chorégraphiques et musicaux qui, par trop de sophistication, ne font qu’affadir son propos. Irrigués de rage, ils sont contre-productifs et embarquent le spectateur dans d’inutiles méandres qui, progressivement, le font décrocher. 

Il n’y en avait pourtant nul besoin : la puissance des mots aurait suffi à émouvoir. Las, le spectacle se voit teinté d’un vernis de complexification superflue, alors même que le démarche profonde de la jeune femme est, il faut l’affirmer, on ne peut plus sincère. Dorothée Munyaneza aurait, en fait, gagné à être beaucoup simple dans sa proposition. Face à un tel sujet, tout artifice paraît en effet bien accessoire.

Unwanted de et par Dorothée Munyaneza à la Chartreuse de Villeneuve Lez Avignon jusqu’au 13 juillet, puis du 18 au 21 octobre au Montfort (Paris), les 20 et 21 novembre au Théâtre de Nîmes, le 24 novembre au Théâtre du fil de l’eau (Pantin), du 28 novembre au 1er décembre au Centquatre (Paris), les 5 et 6 décembre au Bois de l’Aune (Aix-en-Provence), les 12 et 13 décembre à l’Hexagone (Meylan), le 30 janvier 2018 au Théâtre Paul Éluard (Bezons), le 2 février à l’Espace Germinal (Fosses), les 6 et 7 février à L’Apostrophe (Cergy-Pontoise), le 13 février au CNDC d’Angers, le 15 mars au Quartz (Brest), le 23 mars au Théâtre Liberté (Toulon), les 27 et 28 mars à la Comédie de Valence, les 5 et 6 avril au Théâtre de Saint-Quentin-en-Yvelines, les 10 et 11 avril au Pôle Sud Centre de développement chorégraphique (Strasbourg), du 16 au 18 avril à la Maison de la culture de Bourges, et du 3 au 5 mai au Théâtre Garonne (Toulouse). Durée : 1h15. **

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